Jean-Pierre Makosso
Muane Ma M’kayi
Hun’tchimbukune buendi Koku
Oeuvres humaines
Raconté par
MA M’KAYI
Éditions Dédicaces
Oeuvres humaines, par Jean-Pierre Makosso
Photo : Joanna Mackenzie Enga
Dépôt légal :
Bibliothèque et Archives Canada
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Un exemplaire de cet ouvrage a été remis
à la Bibliothèque d'Alexandrie, en Egypte
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Jean-Pierre Makosso
Oeuvres humaines
Remerciements
C’est au cours d’une tournée scolaire à Saskatchewan que la plupart des poèmes de cette œuvre ont été rédigés. Je suis sincèrement reconnaissant de l’hospitalité expérimentée dans la province de Saskatchewan. Tout au long de mes rédactions, j’ai pris le soin d’apposer à la fin de chaque poème la ville dans laquelle j’ai séjourné, une façon personnelle de témoigner ici ma sincère reconnaissance à l’hospitalité reçue dans cette province.
Mes remerciements vont également aux villes d’Ottawa et de Montréal. Je rappelle ici combien le 32ème salon du livre de Sherbrooke m’a été d’un intérêt tout particulier, m’ayant ainsi permis de visiter cette autre partie du grand Canada.
Je tiens à remercier Marc, cet écolier de neuf ans qui, à Saskatchewan, m’a raconté l’histoire qu’il tient de son père :
« Mon père m’a dit:
Qu’il y a bien longtemps
Les blancs – comme nous –sont allés en Afrique
Ils l’ont détruite. Ils vous ont chassés.
Vous fuyiez partout parce que
Vous – les noirs – ne vouliez pas être leurs esclaves
Est- ce que c’est vrai? »
Il m’a été d’une grande inspiration pour la réalisation de cette œuvre. A cette âme bien mûre et sensible, je tiens à lui dédier de tout cœur ce présent travail.
Un grand merci à Naolicha li Maxy, ma fille, à qui j’ai demandé de réfléchir sur un texte d’introduction qui rimerait bien avec ces « ŒUVRES HUMAINES. » Depuis Tunis où elle séjourne pour ses études universitaires, elle m’a adressé L’Agonisant que j’ai donc pu joindre à la fin de l’ouvrage.
Dans l’Agonisant, on y découvre comment meurent tous les dictateurs africains. Je ne les citerai pas ici car la liste serait très longue. Ils luttent contre leur mort puis le bien-être de leurs prochains pendant des décennies, puis un jour ils tombent malades, atteints du cancer du pouvoir. Paralysés, ils ne peuvent même plus chasser une souris qui ronge leurs pieds ou un moustique qui bourdonne à leurs oreilles ou pique leurs joues. Heureusement que les Africains sont solidaires sinon ils seraient la proie des mouches.
Merci Maxy pour ce poème sur ces agonisants ambulants et ignorants de leur sort, de leur état aussi. Ils finissent tous par mourir bien avant le bel âge de cet illustre personnage qu’est Nelson Mandela. S’ils pouvaient être bons démocrates comme ce dernier, ils vivraient longtemps et seraient toujours actifs en attendant une mort glorieuse.
Merci également à vous qui venez d’acheter cet ouvrage. Je vous suggère donc de ne pas le lire comme un simple roman ou un recueil de poèmes. C’est un récit d’évènements passés. C’est l’histoire réelle vécue par des femmes et racontée par Ma M’kayi à sa fille NANDJI autour du feu.
C’est une histoire poétique qui se lit - ou mieux - se dit ou encore se raconte de la première à la dernière page, c’est-à-dire des Orphelins à L’Agonisant.
Merci aussi à toi cher ami que j’ai croisé sur mon chemin ; et grand merci surtout à toi qui m’a donné un morceau de pain et m’a servi un verre d’eau quand, loin de mon pays natal et loin de Ma m’kayi, j’ai eu faim et soif.
Muane Ma M’kayi
(L’enfant de Ma M’ kayi)
« Je suis griot d’une longue lignée des sages et maîtres de l’éloquence. Nous sommes le livre de l’humanité. Écoute mon histoire toi qui crois savoir et tu sauras ce que tu ne sais pas. »
Donne au sage, et il deviendra plus sage ;
Donne la connaissance au juste, et il augmentera son savoir.
Proverbe 9 :9
« Les œuvres humaines » est le plus récent ouvrage par Jean-Pierre Makosso. Il s’agit en sorte d’une compilation d’aperçus que l’auteur s’efforce de présenter tout au long de ce livre. En effet, Jean-Pierre Makosso soumet un ensemble de points de vue ou appréciations sur la société humaine actuelle, un thème qui lui est cher. Cette fois, il n’hésite pas à faire parler une femme, Ma M’kayi, la conteuse de son enfance et à la fois sa propre mère dont les récits n’ont de cesse de se bousculer dans sa tête, l’incitant à formuler ces états d’âme actuels sur scène puis par l’écriture.
Par le biais de cette mère qui lui est très chère, Jean-Pierre Makosso expose un point de vue inébranlable, un regard vif sur une société qui vit d’apparence, d’ignorance et d’indifférence. L’auteur, tel dans un élan combatif, se ressource auprès de celle qui lui sert de colombe, de colonne, de rocher et d’abri sûr, pour à la fois légitimer son point de vue, ses revendi-cations, ses colères sur une dérive sociale qui ne cesse de détruire mais aussi pour tenter d’apporter son humble apport : une réelle prise universelle de conscience au-delà de simples mots qui flattent et aguichent.
En homme de dialogue et de spectacle, l’auteur a pour engagement de construire, d’éclairer, de rassurer et d’amuser, non pas que des enfants (cette force montante de l’humanité de demain) comme il l’a toujours désignée, mais aussi les adultes qui les entourent. Son spectacle est un dialogue ouvert, dans un franc-parler qui susurre au cœur de chaque brebis en nous. Certaines chèvres restent visiblement irrécupérables. L’auteur ne se fait ni un sauveur ni un traître, mais simplement un humain comme vous et moi. Il a quelque chose à dire. Voilà qu’il le fait avec cœur !
Dans son habituel style direct, parfois brut et amusant tel un dialogue ouvert du griot ou du chanteur, l’auteur invite son lecteur à la réflexion, à une prise de conscience universelle ; une façon d’inciter les individus à apprendre à voir plus loin que le seul bout du nez et non se complaire à ramener le monde, l’existence tout entière à son seul nombril.
Michel Poati-Tchicaya
La poésie est si difficile à écrire
Presque impossible à lire
Et pas si facile à suivre
Il faut donc bien la vivre
Afin que le poète soit fier
D’avoir choisi pour vous de si beaux vers
Jean-Pierre Makosso
À Joani Thompson, Anatole Collinet, Elena Rogers
Qui surent tendre la main
À ceux qui étaient loin
À Martin Luther King
Pour qui le rêve était réalité,
Et que pour le vivre, il fallait croire et non lutter
À Nelson Mandela, Yvette B. Makosso
Que la fidélité, la patience et le courage
Ont classé parmi les sages
À Barack Obama, Maxy Manon Makosso
Qui eux n’avaient qu’un idéal, un objectif,
Croire qu’ils pouvaient, tout en demeurant positifs
À Abraham Lincoln
Qui n’ayant reçu ni menace ni chantage
Mais par sagesse abolit l’esclavage
À vous esclaves noirs, colonisés, martyrs de l’indépendance,
victimes des dictateurs,
Notre liberté se trouve au bout de vos souffrances et de vos malheurs.
Vous êtes nos héros.
À Prisca Foutou Tati, aux orphelins, aux enfants et
à vous qui les adoptez à travers le monde,
Puissent-ils, grâce à vous, courir en riant librement
à la ronde avec des moineaux !
Le livre doit être jugé dans son ensemble,
et alors il en ressort une terrible moralité.
Baudelaire
Préface
La poésie naît souvent de l’imaginaire mais aussi de la perception accrue de la réalité : c’est ce double sentiment que l’on peut éprouver à la lecture de ce recueil de Jean-Pierre Makosso.
Bien sûr, les grands thèmes sont fréquemment évoqués, mais jamais sur un ton pathétique qui paraîtrait bien vain. Au contraire, le poète transforme ses cris de révolte ou ses chants de colère en prières, en appels à l’espoir et à la fraternité. Mieux vaut, selon lui, se laisser aller vers l’huma-nisme plutôt que se laisser submerger par le désespoir, même au sein d’un contexte qui pourrait y inciter.
Par ailleurs, on découvre avec grande émotion que même des sentiments qui pourraient ressembler au désespoir, se muer simplement en appels à l’aide, débouchent au contraire sur de magnifiques convictions qui vont au-delà d’elles-mêmes, en ce sens qu’elles ne sont pas de vains mots mais reposent sur des fondements parfois insoupçonnés. Qui ne serait pas découragé en vivant un contexte destructeur, s’il constatait que ses espoirs s’écrasaient toujours sur le même mur? Au contraire, le poète nous prouve que la prière sincère n’est jamais vaine, qu’elle trouve toujours un socle sur lequel s’appuyer. Ainsi:
Dieu du ciel ! Dureté, quel roc toi pauvre poussière
Observe la belle nature en paix
Sois attentif à sa prière
N’est ce pas cette paix que tu aimerais?
Autrement dit : ne trouvons-nous pas devant notre porte ce que nous n’avons pas coutume de voir, parce que nos yeux sont aveuglés par notre propre désespoir, nos propres souffrances ?
Œuvres humaines, donc œuvres d’amour, de paix et qui trouvent en elles-mêmes leurs plus grandes forces : tel est le message de Jean-Pierre Makosso, que je vous invite maintenant à découvrir dans son ensemble.
Thierry Rollet
agent littéraire
Abraham s’approcha de l’Éternel et dit : « Feras-tu aussi succomber le juste avec le méchant ? Peut-être y a-t-il cinquante justes au milieu de la ville : les feras-tu succomber aussi et ne pardonneras-tu pas à cette localité à cause des cinquante justes qui sont au milieu d’elle ? Loin de toi de faire une chose pareille : mettre à mort le juste avec le méchant, en sorte qu’il en serait du juste comme du méchant, loin de toi ! Celui qui juge toute la terre n’agira-t-il pas selon le droit ? »
L’Éternel dit : « Si je trouve dans Sodome cinquante, quarante cinq, quarante, trente, vingt ou dix justes, je pardonnerai à cette localité, à cause d’eux…
Je ne détruirai pas la ville à cause de ces dix. »
(GENESE 18 : 23-32)
‘L’humanité a seulement besoin de dix justes pour que le monde ne soit pas détruit, alors trouvons-les en chacun de nous.’
LIVRE PREMIER
Personne ne sait quel arbre j’ai brûlé pour faire cette plantation-ci. Contentons-nous de ses produits.
Fana Soro, artiste-balafoniste Ivoirien
Je défendrai mes opinions jusqu’à ma mort, mais je donnerai ma vie pour que vous puissiez défendre les vôtres.
Baudelaire
La vérité est une offense mais pas un péché.
Bob Marley
Acceptons-la donc comme telle et ensemble prions :
« Père pardonne-nous nos offenses
Comme nous pardonnons à tous ceux qui nous offensent,
Et surtout aide-nous à ne pas détruire ce monde
Que tu aimes tant ! »
Les orphelins
I
Le continent est bien triste ; on écoute silencieusement
Des mouches dévoreuses leurs bourdonnements.
Elles se posent amoureusement sur des corps
Criblés de balles que des enfants, encore
Remplis d’espoir appellent en vain
Ainsi commence une vie d’orphelins
Le ciel témoin regarde impuissant
Ce fleuve qui coule rouge de sang
Souriant et triste il imite son reflet
Dans la marée sanglante avec regret
II
Et les orphelins petits pleureurs,
Soufflent doucement aux oreilles des dormeurs.
De leurs voix frétillantes au timbre d’or
Ils se sentent abandonnés à leur triste sort.
Dans les airs planent encore des bombardiers offensifs
Prêts à exécuter le geste fatal et décisif.
La chaleur est froide… une fois de plus comme toujours,
L’homme et la guerre ont encore frappé très dur.
Tout alentour s’élèvent des cris, des larmes de deuil
Et la mort comme une veuve attend au seuil.
Puis un peu plus loin les mères de ses enfants,
Subissent à leur tour une autre épreuve, pauvres mamans!
Dans la douleur, dans la peine, humiliées et violées,
Elles pleurent, pauvres femmes aux visages voilés
De tristesse, de larmes, de désespoir, quelle trahison!
Monsieur, cher monsieur, reçois mon pardon
Toi qui au matin de ta naissance,
Fut pour moi une grande délivrance !
Le souvenir maternel reste ma douleur
En pleine saison sèche… et la fraîcheur
Du matin te fit ouvrir les yeux
Pendant que je levais les miens vers Dieu.
Tu étais tout couvert de sang, mon sang!
Je t’ai pris dans mes bras, tu étais tout innocent.
III
Ton père fier et grand nous regardait
Nous étions le troupeau que jalousement il gardait.
Il était vivant près de toi, tu avais un père ;
Tu étais sur mon ventre, j’étais ta mère.
Tu n’étais pas exposé au danger…
En ce temps radieux, aucune mauvaise pensée
Ne traversait encore les esprits des humains
Qui pieusement vivaient comme des saints.
Aucune chasse à l’homme, la famille politique
Mon Dieu, n’était qu’un petit troupeau de gens comiques,
Qui lisaient nuit et jour les températures :
La pluie, le soleil, le beau temps, cette nature,
Amie fidèle des enfants rieurs et joyeux,
Parmi eux, toi, courant çà et là, heureux !
Tu prenais des bains de pluie, des bains de soleil,
Tu t’endormais. Un sourire t’attendait au réveil…
Dehors déjà le coq t’invitait et aussitôt
Tu allais vers lui avant même son cocorico.
Tu courais après lui et lui toujours devant
T’entraînait loin, très loin de tes parents.
IV
Ah ! Libre comme la chèvre de M. Seguin*
À l’air libre, à l’air pur, tu courais vers ton gain.
Un destin glorieux s’ouvrait à toi tout doux,
Dans un monde où il n’y avait ni lion ni loup ;
Et dans la vie des hommes et de la volaille,
Tu étais l’ami du peuple et celui du bercail
Le monde était sans danger… sans danger le grand monde !
Il y avait toujours une porte ouverte, au parfum d’amande !
Sans danger et pour tous, rêve d’enfance
Et cette porte s’ouvrait vers l’adolescence …
Tu l’affranchissais librement vers un avenir radieux ;
Derrière elle, un sourire et un souvenir heureux !
Les chants des rossignols pleins de bénédictions
Écartaient de ton chemin toute malédiction.
Souffles et murmures répétés étaient nos souhaits de bonheur,
Souhaits lointains des parents, pleins de chaleur !
Elles pleurent, tristes veuves à la voile
Pendant que dans leurs veines coule le sang du diable…
Ils pleurent, pauvres orphelins
Sous le ciel, seul témoin…
V
Les enfants n’éprouvent ni haine ni vengeance
Ils ne connaissent ni honneur ni gloire ; La malchance,
Fidèle tout le long de leur parcours, méchamment,
Trouve parmi eux sa place et s’installe tranquillement
Aujourd’hui ils sont leurs propres parents ; demain,
Leur destin se jouera entre leurs propres mains
Aucun homme, aucun dieu ne se tournera vers eux
À moins que l’homme créé à l’image de Dieu :
L’homme, le vrai, au cœur humain,
Pas le religieux, pas le politicien
Plutôt le poète, le juste et non pas le cœur de pierre
Mais l’homme d’amour, encore vivant sur terre
Éloigne d’eux la famine et la maladie
Écarte d’eux les guerres civiles et les fusils !
À moins que la femme, la juste, la vraie, pleine de foi,
Encore dans les douleurs de l’accouchement se redresse et crie à haute voix :
« Assez !
Arrêtez ! »
Pendant que les corps percés jonchent encore la terre
Et que l’écho commande aux armes de se taire
« Arrêtez au nom de Dieu !
Cessez le feu ! »
VI
Puis les enfants courageux se lèvent enfin
D’un regard innocent défient les assassins
Vers eux ils avancent en essuyant leurs larmes
Les assassins hypnotisés laissent tomber leurs armes
Sans mot dire les enfants s’approchent de leurs bourreaux
Et par les deux cornes ils tiennent les taureaux
Le ciel s’ouvre, merveille
Telle une fleur qui se réveille
À l’amour
Au beau jour
Au- dessus d’elle une mouche silencieusement
Entonne un autre bourdonnement
Plus joyeux
Plus heureux
_________________
* La chèvre de M. Seguin est une des nouvelles de Alphonse Daudet (Lettres de mon moulin) dans laquelle l’animal découvre pendant toute une journée le bonheur d’être libre. Et ce fut le plus beau moment de sa vie.
Ascension
Par le ciel étoilé je m’envolerai très haut
Vers les cimes cotonneuses percer les nuages.
Pris par l’ivresse, à plein air à vol d’oiseau,
J’atteindrai le but de mon voyage.
Je monterai vers l’infini, sans dire mot
À personne mais vers Dieu seul j’élèverai ma voix,
En poésie, en chanson, pour que ces maux,
Par ma foi, - et par son pouvoir s’éloignent de moi
Foi et espoir
I
Le soleil, étoile de chaleur et de feu
Déverse ses rayons sur les saints lieux
Où les femmes pieuses en ce Vendredi Saint
A midi, à jeun, fidèles à leur destin
Se lèvent, se courbent, se relèvent
Se recroquevillent, se tordent, se prosternent
Puis lèvent leurs mains comme à la barre
Et toutes ensemble : ‘Allahhu akbar !’
‘Dieu est Grand’ la prière monte !
La lune, assiette transparente sans flamme
Projette sa douce clarté sur les musulmanes et leur imam
Les chrétiennes à la veille de Noël
A minuit, placent leurs consonnes et leurs voyelles
Dans des phrases pleines de supplications ;
Les mains levées elles attendent une justification.
Pour elles Jésus est bon et la prière monte !
La prière touche le cœur des mânes et des ancêtres
Laisse indifférents les moines et les prêtres
Qui se tournent vers Dieu et pointent du doigt
Les tablettes poussiéreuses de Moïse et de sa loi
Œil pour œil dent pour dent !
Et la nuit s’abat sur le soleil couchant
Tel un fauve affamé qui se jette sur sa proie ;
L’homme baisse ses yeux et perd sa foi ;
Dieu honteux, fait gronder le ciel et des larmes
De pluie, s’abattent sur des porteurs d’armes.
II
De grâce ne me parlez pas de Joseph
Qui fut faussement accusé par la femme de son chef.
Il vécut loin de son enfance et de ses lieux
Et survécut grâce à l’aide de son Dieu.
Relisez vos écritures
Il ne connut aucune dictature
Se maria en Égypte
Vécut loin de son gîte
Une vie heureuse en famille
Où les papillons sortis des chenilles
S’envolaient
S’élevaient
Haut dans les cieux
Pieux !
Ouvrez votre Bible
Moïse fut pris pour cible
Reçut la puissance des Cieux
Depuis le trône de Dieu
Et quoique furieux
Mourut vieux
III
Misère, ma souffrance est dans ma patience !
Désespoir, ma patience est dans ma souffrance !
Ô Misère ! Ô Désespoir !
Je regrette ce temps de l’Afrique noire !
Les Bantous implorant leurs dieux avec joie
Sentaient vibrer leurs grosses voix
Qui cognaient les murs des montagnes rocailleuses
Où des chauves-souris douteuses
Faisaient répercuter leurs cris stridents
Suscitant ainsi aux animaux un grincement de dents.
À l’heure où les nuages se formaient dans le ciel
Les abeilles travailleuses s’activaient au miel
Que les enfants, le lendemain, allaient cueillir heureux
En y poussant des soupirs joyeux.
IV
Croyance… J’y crois ! Afrique mère
Exotique continent, ta misère
Est le fruit d’un homme de loi
Qui envoya un innocent à la croix
Terre mère
Ciel mer
Afrique
Exotique
Ta croix, jusqu’au bout je la porterai ta croix
O foi ! Oui ta croix, je l’élèverai par ma foi
Parce que je t’ai salie, je t’ai souillée
Je t’ai donnée en otage, je t’ai verrouillée
Au nom de Dieu et de la religion
Au nom des mânes et de la tradition.
Ma colère, ma folie… celle des grandeurs
N’est que stupidité, est-ce une valeur ?
La mort dans l’âme je porte un visage pâle
Que je n’ose essuyer avec des mains sales !
V
« En fuite
Et tous à sa suite
Chevaux chiens
Et tous les siens
À dos d’ânes, à dos de chameaux
Courez vite et prenez sa peau
Mort ou vif, de préférence vif
Arrêtez-le ce traître cet oisif
Qu’il subisse le châtiment
Des enfants du nouveau testament
Que nous décapitâmes un à un
Lorsque nous allâmes à la recherche de l’enfant saint. »
- Oui en douce ils exterminèrent
Les nouveau-nés, les enfants. Ils exécutèrent
L’ordre de l’homme et de sa folie
Qui croit qu’il est Dieu et qu’il n’y a que lui
Seul roi dominant ciel, terre, mer
Unique et seul maître de l’univers !
Que pleure la femme ! Ignorez le chagrin
Qui monte en elle et brûle son sein…
Le monde a soif polluez l’eau
Et laissez mourir le troupeau.
Du bâton, du fusil, faites jaillir le sang…
Innocents pliez-vous, courbez-vous, tous en rang
Marchez, marchez vers l’abattoir
Éteignez et tous dans le noir
Feu !
Faites vos jeux !
Jeu de la mort au bout du fusil
Regardez sans froncer vos sourcils
Et quand arrive le soir éteignez, pas de lumière
Avec gratitude récitez vos prières
Remerciez celui qui est là-haut, l’Éternel
De ce qu’il vous donne à vous une vie éternelle !
VI
Qui le saura, l’histoire s’oublie
Elle ne se raconte plus, l’homme la nie.
Il s’enfuit loin de son destin, vers une autre destinée
Honteuse, qu’il savoure à satiété.
Nous ne saurons rien ; l’ignorance
Est le mal de notre souffrance
Notre seule raison de vivre est de mûrir
Mûrir sans mourir, mais se nourrir
« Regroupez nos os et nos squelettes
Faites-en des étiquettes
N’est ce pas une grande exportation ?
Échangez-les en bombes nucléaires au nom de la nation ! »
À ciel ouvert cœur fermé
Et la nature cesse d’exister
Un chant… Une voix sans mélodie monte
À l’horizon et fait le tour du monde
À ciel ouvert sonde les cœurs fermés
Et avertit le monde du danger
Le danger de mourir est la peine vers la mort
La peur de mourir est le danger qui entraîne à la mort
La mort qui me laisse à mon triste sort
Le sort qui m’abandonne dans le froid de la mort !
VII
Ô montagne de roc, ô montagne royale !
Un chant d’amour, ô chant tropical !
Le ciel se ferme sur l’horizon qui s’éloigne
Plaine et ciel à lui se joignent
Pris au piège comme un grain de sable
Captif comme un enfant devant une fable
Entre deux dents, broyé l’horizon captif
Et l’enfant dans la fable, inoffensif
Se cherche, se perd, se découvre.
Là-bas à l’horizon le ciel s’ouvre
Au vent, à l’air, à l’espace… libre!
La liberté retrouve ses forces et vibre
Elle se tord, s’étend, s’étire, se déchaîne
Et peu à peu double ses forces et se traîne
Vers le grain de sable entre deux dents
Tire de l’abîme le pauvre enfant.
L’enfant arrive, assure son rôle
Devant l’homme ce farceur, ce drôle
Qui joue le malin
Qui fait le gamin
- À malin, malin et demi!
L’enfant le regarde et rit
Rires noirs aux dents blanches
Dents de lait… Franches…
Que cachent des lèvres noires… Taciturnes…
Lèvres lippues au rire nocturne
Le rire s’élève avec fierté
D’un ton sonore fait palpiter
Les princesses, les reines ; et leurs jolis sourires
Se tournent joyeusement vers l’avenir.
A l’horizon s’élèvent des chansons de louanges
Qui honorent les enfants comme des anges !
Transition mutuelle
I
Dans le dernier rayon du soleil couchant,
L’été gentiment vient de finir son mandat.
On entend encore les rires joyeux des enfants
Sur la plage, sur les montagnes, dans la forêt en cette saison-là.
Les oiseaux sur les arbres chantent l’hymne
« Adieu saison ensoleillée et à la prochaine. »
La transition se fait dans la paix, voici l’automne !
Contrairement à l’homme qui à la guerre s’entraîne
Pour asseoir, pour dominer, il divise, il règne, il juge
Refuse de suivre la nature et son cours
Puis en roi dictateur garde le siège
Et sans pitié bombarde tout alentour
Les arbres eux font tomber leurs feuilles
Prêts à recevoir la nouvelle reine.
Les fleurs quant à elles se baissent sur le seuil
Et font monter l’automne sur la scène
II
Ô que c’est beau cette transition des saisons !
Toutes suivent le cours normal des choses
L’été l’automne l’hiver le printemps
Chacune revient après une courte pause.
La feuille tombe mais jamais ne se révolte
L’ours lui, prend son froid en patience
Et attend sans se plaindre le temps de la récolte.
Dans ce calme de la nature l’homme perd sa conscience
Son cœur refuse d’écouter le chant de la nature
Il ferme les yeux à la constitution
À la beauté de la nature il choisit la torture.
Il bouche l’oreille aux chants d’oiseaux et s’entête à la rébellion.
« Dieu du ciel! Dureté, quel roc toi pauvre poussière
Observe la belle nature en paix
Sois attentif à sa prière
N’est ce pas cette paix que tu aimerais? »
Sourire et souvenir
Laissez vivre l’enfant
Vivre libre et grandir
Laissez sourire la maman
Vivre libre et sourire
Sous son sourire se cache gentiment
Son joli rire
Qui dévoile tendrement
Un beau souvenir
Elle lui a donné la vie avec un grand sourire
Avec grande joie elle l’a vu grandir
Ce temps de sa naissance est son plus beau souvenir
Elle ne supportera jamais celui de le voir mourir
Laissez vivre l’enfant
Vivre grandir vivre
Laissez sourire la maman
Rire vivre et sourire
Sans abri
À l’enfant noir, manteau blanc
Pleurent, pleurent les orphelins
Les orphelins du sable blanc,
L’ossature du dauphin
La main, la main tend son revers
Ses petits doigts gesticulant vers le ciel
Et claquant ensemble un joli vers
Invitent, invitent la main au duel
Les doigts entre eux s’enlacent, s’engueulent
Comme des sorciers noirs aux yeux de nuit
Qui jadis avaient grandes gueules.
Regardez passer le temps qui s’enfuit !
Voilà les orphelins au mal d’estomac
Nous pouvons les ignorer, ils sont bien parmi nous
Qu’on prenne la famine pour une danse, mais voilà !
Ils gesticulent, les voyez-vous ?
Ô drôle d’humain, ce cri qui s’élève
Presque tous les jours et qui s’accroche à ta peau !
Ne serait-ce pas beau que tu l’enlèves
De l’enfant au lieu de lui donner ton dos ?
La mère poule entraîne ses poussins
Gratte un grain par-ci un grain par- là, bravo !
Ainsi vont-ils à la recherche du festin
Du blé, du riz, du maïs pour tous, que c’est beau !
Voilà, le vent souffle pour la grande danse des arbres, malheur !
Le ciel gronde comme une hyène déchaînée
Les animaux vont chacun son chemin vers leurs demeures.
La pluie tombe, où vont ces orphelins égarés?
Allez, secourez-moi ces innocents sans logis
Qui courent ne sachant vers qui se tourner
Une seule prière sur leurs lèvres sans vie :
‘O Dieu, ô Dieu, pourquoi nous as-tu abandonnés?’
Voyons, secourons-les au nom de l’humanité
Sinon applaudissons puisque c’est une simple comédie
De voir ces enfants être emportés
Dans une telle tragédie
La main fait craquer les petits doigts
Les petits doigts ricanent, se moquent d’elle.
Et les orphelins loin du gouffre s’éloignent sans voix.