Excerpt for Perles et Pensées by Dallys-Tom Medali, available in its entirety at Smashwords

PERLES ET PENSEES


By


Dallys-Tom Medali


SMASHWORDS EDITION


* * * * *


PUBLISHED BY:

Dallys-Tom Medali on Smashwords


Perles et Pensées

Copyright © 2010 by Dallys-Tom Medali


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* * * * *


PREFACE


D’autres encore, fixent du regard,

Un regard têtu et déshabilleur,

D’autres enfin sourissent,

Un simple sourire de timide-naïf.


Mais toi tu ronfles,

Pour dire « je t’aime ».


C’est dans un élan de nostalgie, de fraîcheur et d’un doux orchestre de vers entremêlés de sens et d’images que Dallys Tom Medali vous présente son nouveau recueil de poésie intitulé PERLES ET PENSÉES. Son poème « Avis de recherche » a remporté le prix de la Francophonie 2007 Biscarosse (France). Un jeune poète contemporain à la plume délicate et qui a un talent incroyable vous livre ses plus belles pensées à travers des textes aux mots justes, à la fois provocants et émouvants, un retour à ses racines, la pureté absolue.


Du firmament des jungles aux dunes de neige, de la réalité des épreuves à la tarlatane du mensonge, c’est tel quel que Dallys nous parle de la solitude, de la misère, de l’injustice et de la différence qui règnent encore aujourd’hui entre les hommes.


Pourquoi devons-nous courber l’échine,

Sous le poids embarrassant des dictatures,

Fermer les yeux et sceller nos bouches,

Rengainer le cri des révoltes?


Entre ses lignes, on arrive à ressentir parfois la révolte et la tristesse, mais aussi la rêverie et la douceur car dans le mal, il y a le bien. Vous ne lirez pas seulement des poèmes d’une qualité extraordinaire, mais vous verrez prendre vie des paysages et des lieux proprement racontées. L’auteur rend aussi hommage, à la fin de son œuvre, aux grands poètes comme Baudelaire, Nelligan, etc. C’est avec une justesse indéniable et une grande beauté que Dallys nous dénonce la réalité des choses dans sa poésie.


Odessa où j’ai connu le jour

Odessa, ma ville mon premier amour

Toi qui m’a vu ouvrir les yeux

Et prendre le souffle, des mains de Dieu


J’admire de ton peuple, la grandeur

Et au labeur, son ardeur

Ton courage triomphant

A toujours délivré tes enfants.


« Perles et pensées » est une œuvre poétique authentique et entièrement embellie d’émotions. Je vous invite à faire la connaissance de Dallys Tom Medali, un auteur brillant et remarquable aux mots tissés de perles…



Bophana Tina Thomas (Ecrivain vivant au Canada)


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Liste des 76 poèmes


Les sereines


Soleil

Je dormirai debout

Agonie

Odessa

L’image

La samba australienne

Le lever du jour

Chaque jour j’apprends

Le paresseux

Le rêve

Noctambule

La plage

Réflexions

Le réveil

L’écriture

La croix du mal

Mon spleen à moi

Le gong de l’éveil



Cris de cœur pour l’Afrique

Avis de recherche

Noir

Paysan frappe

Larmes d’Afrique

Belle d’ébène

Errances

Fillettes en larmes

Les misérables

Un pays malade

Dites-moi pourquoi

Le discours de la mer


Les nobles


Envie de son

Le poème non écrit

Adoration

Des vers en cadeau

Azalou

Mon cahier bleu

L’ultime don

Instincts féminins

La vie est une poésie

La mort n’est plus

Beauté infernale

Le papillon

Hymne au penseur

La danse des maux

Le jardin

La peur

L’enfant turbulent

Si on lisait dans le cœur d’autrui

Le souffle des choses

Grand-père continue

Une baraque au Bahamas

Lamentations diurnes

Jours d’infortune

Me voici debout

Orage et Solitude

Paume innocente

Un enfant pour moi


Les courtes


Mon ile est sous le vent

Lune ronde

Double-fleur

Mbalax, mes jambes

Douleur

Petit Pierre

Piété

Rêve enclos

Question

Souvenir

La vie

La bananeraie


Sur la trace des ainés


Enfance

Conquérant

Femme d’Afrique

Le corbillard

Le saumon

Le violon brisé

Pure vanité

Une sœur


*************



Les sereines


*******

*****

***

**




Soleil


Le coq chantonne.

L'astre va bientôt s'éveiller.

La gluante et jaunâtre boule de feu,

A nouveau illuminera nos parcours.


Ô soleil,

Soleil de mes espérances très vite flétries,

Soleil de mes cris et de mes peines,

Soleil de mes joies et de mes larmes,

Je te vois venir, Soleil.


Toi qui nourris les plantes,

Et fait battre nos cœurs noirs.


Toi qui fais tendre la poitrine des vierges,

Et fait luire l'eau fraîche des ruisseaux.


Toi qui fais sourire les vieillards,

Et leur rappelle les années, hélas envolées.


Toi qui réveillerais les morts,

Sous une terre maternelle.


Ô toi soleil,

C'est dans ton champ que je sème mes chants.

Ces hymnes dont les graines germeront,

En ton honneur glorieux.



***************

Je dormirai debout

Avant de descendre,

Pose ton pied sur mon sein,

Ton pied petit comme une main,

Une main innocente d'adolescent.

Le voile de la nuit bientôt,

Enveloppera la ville.

Il faut que tu rentres,

Avant le retour de tes parents.

J'ai savouré chaque tierce,

De notre longue et douce étreinte.

Comme on croque une glace,

Et pourtant tu ne me suffis pas.

Ce soir encore,

Je dormirai au garage,

Au milieu du bric-à-brac,

Du gasoil et de la ferraille.

Je dormirai debout,

Seule, grelottant de froid,

Mais heureuse et confiante.

Je dormirai d'un sommeil de reine.

Car de l'autre côte du mur,

Tu seras étendu.

Je savourerai le tic-tac,

De ton ronflement cadencé.

C'est ta façon originale de clamer ton amour.

D'autres offrent un bouquet de rose,

Tracent un cœur éphémère sur la plage,

Envoient un billet doux avec des mots doux,

Font un pet bruyant et odorant,

Ouvrent une boite de chocolats bon marché,

Posent un baiser à la dérobée,

Achètent un carnet de rimes,

D'autres encore, fixent du regard,

Un regard têtu et déshabilleur.

D'autres enfin sourissent,

Un simple sourire de timide-naïf.

Mais toi tu ronfles,

Pour dire 'je t'aime'.

Oui, cette musique que tu fais,

Quand tu dors de l'autre côté du garage.

Je serai la,

Toute sage, mais rêveuse,

Songeant à demain,

Ou tu me trémousseras encore.

J'aurai des frissons,

De tout mon long,

Sur le moindre millimètre de cette peau qui rosit,

Chaque fois que je te vois.

Je te veillerai comme une veuve,

Loin de mon lit douillet,

Du confort de ma chambre,

Et de la chaleur de ma maison.

Je serai plantée comme un gueux,

Meurtri par les affres de l'hiver

Et qui invoque la mort,

Un SDF français.

Parce que le lendemain,

Tu me tueras encore,

Avec tes armes étranges et vicieuses,

Ces armes dont seul tu as le secret.

Je serai martyre,

Tu me crucifieras,

Comme ton père faisait à ma mère.

Et ce sera même meilleur.


***************


Agonie


Mon maigre corps pale,

Gît sur le lit comme une dépouille.

J'ai mal partout.


Le litre de sang qui me reste,

Hurle douleur.

Ma peau est un geyser,

Tellement il bouillonne et brûle.


Ma tête résonne.

C'est un tambour qui gronde.

Mon cœur court. Je crains son arrêt,

Essoufflé par sa course effrénée.


Le toubib m'a ausculté et a prescrit,

Un conteneur de pilules,

Beaucoup de perceuses rien que pour moi,

Et du glucose pur comme de la vodka.


Je n'oublierai plus les infirmières,

Leur blouse rose ou blanche.

Et leur sourire étrangleur.


Elle était belle, celle qui m’a soigné.

Avec sa lèvre mercurochrome.

Ses bonnes paires de fesses,

Rondes et bondissantes.


Quand elle s'est penchée

Pour m'enfoncer le cathéter,

Toute ma tête fouillait

Avec avidité, sa poitrine dorée.


Aie, elle m'a percé

Ma veine! Ma belle!

Le fiel de ma souffrance

Le miel de mon imagination


Mes neurones qui s’agitent.

Elles vont et viennent,

Comme le balancement des cuisses

De ces petites aguicheuses.


Hélas, c'est fini.

Plus rien du tout.

Les infirmières sont parties.

Que de monotonie à nouveau.

Et la file solennelle des amis,

Le ballet des offrandes et les litanies.


Je suis toujours malade.

Et j'espère qu'elles reviendront,

Les belles poupées piqueuses.



***************



Odessa


Odessa où j'ai connu le jour

Odessa, ma ville mon premier amour

Toi qui m'a vu ouvrir les yeux

Et prendre le souffle, des mains de Dieu.


J'admire de ton peuple, la grandeur

Et au labeur, son ardeur

Ton courage triomphant

A toujours délivré tes enfants.


Eux qui bercés, par ton amour maternel,

Te rendent chaque jour, plus belle

Tu n'as de pareil sur terre

Aussi es-tu enviée par tes pairs.


De la hauteur de tes tours

J'observe tes prairies et leurs contours

Des icebergs flottant sur la Volga en hiver

Aux dunes de neige voilant de tes paysages, le vert.


Le froid m'amuse

Quand j'invoque les muses,

Blotti sous mon manteau de laine

Epaisse fourrure de chèvre naine.


Ici, le ciel est toujours bleu

Les sapins fleurissent en couples de deux

De magnifiques jardins en fleur

Ornent des majestueuses avenues en cœur.


Odessa, où j'ai connu le jour

Odessa, ma ville mon premier amour

Je suis un griot d'Ukraine

Qui t'acclame depuis son autre patrie lointaine.


***************



L’image


L'image qui toujours se dérobe


Tel le parfum de la femme qui passe

Telle la nuit qui se meurt

Tel le train qui s'en va

Telle la pirogue à l'horizon

Tel le lièvre à l'affût

Tel le mirage du jardin

Tel le signal de la luciole


Ma perpétuelle requête

Ma quête jamais trouvée

Enfin trouvée, aussitôt égarée


Le but de ma vie

Les faits que jamais je ne revis

Mes jours qui filent comme des berlines


O image !



***************



La samba australienne

A la lueur argentée du clair de lune,

L'air sentait la bouffée fraîche des feuillages humides.

Du firmament des jungles

Et touffues savanes avoisinantes,

Surgit, une horde de gens en files.

Leurs pas vibraient tumultueux,

Sur le sol craquelé.

Au signal, une ronde se forma

Alors, retentirent les battements frénétiques

De leurs mains languissantes

Le grand brasier central pouvait dissiper la fraîcheur

Enivrante de cette nuit de début d'hiver

Toi, le curieux

Ecoute donc les crépitements de feu

Ecoute les airs mélodieux

Ecoute la frénésie du son

Ecoute l'harmonie des pas

Rythmés par la transe

Hommes et femmes, quasi-dénudés,

Vois la sueur dégouliner.

Observe l'élan des corps et des cœurs

Sens la chaleur des mains qui effleurent

Et la cadence des reins qui glissent

Murmures, gémissements

Les ventres qui se frottent

Ecoute le grincement des cymbales

Ecoute le grondement des tambours

Dansons la samba, comme si c'était Rio.

De Sidney, à Melbourne.

Sautons comme des kangourous,

Dans l’effervescence d’un carnaval fictif.



***************


Le lever du jour


Une confuse violence,

Trouble le calme de la nuit.

Et la lumière avec le bruit,

Dissipe l'ombre et le silence.


Les oiseaux d'un joyeux ramage,

En chantant, semblent adorer,

Cette lumière qui vient dorer

Leur cabinet, leur plumage.


Les bêtes sont dans leur tanière,

Et tremblent de voir le soleil.

L'homme remis par le sommeil,

Reprend son œuvre coutumière.


La charrue écorche la plaine.

Le fermier qui suit les sillons,

Presse de voix et d'aiguillons,

Le couple de bœufs qui l'entraîne.



***************



Chaque jour j'apprends.


Ah! Que de choses nouvelles,

J’apprends chaque jour,

Dans la citadelle américaine.


J’apprends à vivre en minorité,

Et à m'y épanouir,

Parce que la couleur de la peau compte,

Et que je suis noir.


Parce que la nationalité compte,

Et je ne suis pas d'ici.

La majorité est blanche

Dans un blanc pays de blancs.


Les nègres sont différents,

Quelque soit leur performance,

Leur talent, leur compétence,

Il y a toujours cette chose,

Ces petits détails.


J’apprends que je peux ‘’échouer’’

Ne pas être retenu pour ce poste,

Qui me va comme une vielle chaussure,

Même si j'ai les meilleures notes,

Même si j'ai de l'expérience.


Il y a toujours un détail

Qui ricoche.


J’apprends la jungle,

Sa loi de non-pitié,

Son rythme effréné,

Son manque de tolérance,

Son oubli de la clémence.


J’apprends que même entre Noirs,

Frères de race, frères de source,

Il y a des différences.

Il y a l'accent qui compte.


Tu es noir, je suis noir,

Mais tu es toi et je suis moi.

Chacun dans sa sphère,

Doit garder ses distances.


J’apprends le pire,

Qu'entre compatriotes même,

L’heure est sombre et noire.


Où est l'amour?

Il est sorti.

Il est mort.


Les intérêts gardent sa maison

Et brandissent sa dépouille

En attendant qu'il revienne

Si jamais il revient


Aucune confiance

Aucune sincérité

Si tu ne me sers a rien

Si je peux me passer de toi

Aujourd’hui, ce soir

Alors tu peux aller au diable


Si tu n'as pas de voiture

Si tu ne médis pas avec moi

Alors tu peux aller foutre

Ou aller te faire foutre


J’ai mes connexions

J’ai mon petit clan

Je peux me passer de toi

Tu peux dégager


Trahisons mesquineries

Palabres médisances

Revanches vengeances


Autant de nouveaux pièges

Que je découvre

Autant d'adversaires hideux

Que je dois caresser


Comme je ne sais ni griffer

Agresser ou affronter

Comme je suis seul

Faible et sans défense


J’apprends la réalité des épreuves

J’apprends qu'en bon chrétien

Je dois m'accrocher ferme

M’agripper dur, des deux jambes


Bénir ceux qui me maudissent

Aimer ceux qui me haïssent

Lécher ceux qui me mordent

Embrasser ceux qui me talochent


Supporter l'opprobre et les commérages

Être plus doux que jamais

Surmonter l'adversité

Croire, prier et espérer


J’apprends la monotonie

La même chambre, spacieuse

La même maison grande et blanche

Le même frigo, la même cuisine


Les mêmes repas, les mêmes saveurs

Les mêmes odeurs, le même ordre

Le même chemin, les mêmes arbres

A l'aller, au retour


Le même cycle, perpétuel

Les cours devoirs et examens

Le même ordi, mon seul ami

Les mêmes camarades, mes seules amies


J’apprend a survivre

Plaçant ma confiance en Dieu

Celui qui fut, est et sera éternellement

Celui qui jamais n'abandonne


Le flot des dépenses grossit

Je constate soucieux

la désertion de tous les revenus

Je m'accroche et je vis quand même


Je vis d'espoir et de courage

Espoir que le pain quotidien

Jamais ne manquera

Espoir que mon toit restera


Courage pour supporter le fardeau

Le poids de la dette

Espoir que même sans les livres

Je réussirai


Beaucoup de stress

J'apprends la solitude

Même si parfois je sors

Même si parfois je voyage


Je me sens seul

Je me sens vide

Je suis seul

Je n'ai personne


Personne sinon Dieu

Personne sinon moi même

Personne sinon les pensées de mes proches

Qui me bercent et me ressourcent


Mes proches restés au pays ou ailleurs

Afrique, Europe.

J'apprends la vie.

Une vie nouvelle.



***************



Le paresseux


Il y avait, il y a très longtemps,

Un semeur de vent,

Qui jamais n’avait du temps,

Sauf pour faire le paon.


Couché dans son lit,

Comme un oiseau dans son nid,

Il sourit à la vie,

Alors qu’il est midi.


La truie, la boue dans son groin,

Jalouse l’âne qui broute son foin,

Tandis que le reptile dans son coin,

Se demande, pourquoi, de met, il n’a point ?


Le muet qui éperdument cherche sa voix,

Sourit au ver qui tisse sa soie,

Qu’envie la termite qui ronge un bois,

Pendant que le moine, à l’ombre, cultive sa foi.


Et toi paresseux, que fais-tu ?



***************



Le rêve


J'ai rêvé et j'ai vu,

Plus d'une lueur s'effondrer,

Au dedans de mes petits yeux d'enfant.


J'ai vu une princesse,

Trois fois plus belle que la lune.

Elle était toute luisante.

Elle brillait mieux qu'aucun diamant.


J'ai regardé le ciel,

Et vu une myriade de petites étoiles.

J'ai encore tourné le regard vers la princesse,

Elle était entourée d'une multitude d'oiseaux.


Les rossignols, de leur voix mélodieuse,

Jouaient une sérénade.

Les pigeons et les canards dansaient.

Les cygnes battaient la mesure de leurs ailes.


J'ai fixé son regard,

Ses yeux étaient bleus.

De tendres cheveux lui tombaient sur le dos.


Soudain je me suis relevé,

Pour la prendre par la main.

J’ai touché du vent,

Car hélas, ce n'était qu'un rêve.



***************



Noctambule


Rien de plus beau que la solitude,

De ces lieux sacrés, la nuit.

Eloigné du monde et du bruit,

Pour dissiper mes inquiétudes,


Que sur la verte épine fleurie,

Dont le printemps est amoureux,

J'entretienne mes rêveries.


Contemple la décadence,

Des vieilles isbas ruinées,

Contre qui les années mutinées,

Ont déployé leur insolence.


La suie s'y abat,

Les sorciers y font leur sabbat.

L'effraie avec ses cris funèbres,

Les emplit de ses immondes ténèbres.


Moi, tout cool dans mon coin,

Je me plais dans la solitude de ces sacrés lieux.



***************



La plage


Du sable partout, du sable chauffé

Du sable fin, du sable attirant

Du sable tentant mais brûlant

Du sable fondant sous les pieds. .


La mer bleue qui scintille au soleil

La mer immense qui s'étend à l'horizon

La mer profonde qui cache les poissons

La mer en furie qui soudain, s'éveille.


Des vagues qui montent et retombent, rageuses

Des vagues qui roulent et se poussent

Des vagues qui s'écrasent sur la côte et moussent

Des vagues qui mouillent les pieds des promeneuses .


Des cocotiers penchés et élancés

Des cocotiers aux feuilles palmées

Des cocotiers vieillis aux troncs gercés

Des cocotiers chargés de fruits adorés.


Des belles se bronzant étendues

Toutes pures, toutes nues,

Poitrines massées à l’huile et tendues.

J'avoue qu’elles m'ont plu.


Des enfants jouant dans le sable fin

Des enfants courant et se pourchassant

Des enfants sautant et s'éclaboussant

Des enfants joyeux, saluant des mains.


Enfants turbulents et téméraires, prenez garde

La mer sans pitié, ne connaît pas de remords

Elle pourrait vous attirer bien loin du bord

Si vous êtes imprudents et un peu fous,

Elle vous engloutira.


***************



Réflexions


Je marche sur la lune

Je suis une étoile

Je suis donc je pense

Mais tout n'est que vide.


Je marche sur le soleil

Le chaud et le froid ne font qu'un

Je ne brûle pas

Donc il n'y a pas de contraire,

Tout est complémentaire.


Je marche sur la terre

Cherchant l'âme sœur

Contemplant les mortels

Leurs gestes, actes et paroles.


Je marche sur la mer

Cherchant une fleur

Admirant les sirènes

Parmi les algues et les coraux.


Je marche sous l'océan

Cherchant une méduse

Comptant les épaves

Et j'ai vu une étoile sous l'eau.


Je marche sur Mars

Je n'aime pas ses farces

Ni ses saisons de glaces

Où jacassent des bêtes de race.


Je marche dans l'espace

Cherchant quelque trace

Observant la mort et ses faces

Comme les autres, elle me dégoutte, hélas.


Je marche sur moi

Cherchant ma croix

Fouillant mon âme

Pansant mes plaies,

Et pensant à demain.


Enfin, je marche vers demain

Très tôt le matin

Avec mes deux mains

J'œuvre pour mes lendemains.



***************



Le réveil


L'air est lourd, désagréable.

Quelle puanteur!

Un rayon me tape dans l'œil,

Que j'entrouvre à peine. Bonheur, bonheur!


Ma main se faufile à droite,

De la soie, de la chair, des rondeurs.

Ma main insiste, caresse,

Douceur, douceur.


Un souffle, un soupir en réponse,

Amour, candeur.

Ma jambe se déploie,

Massive, lourdeur.


Elle atterrit sur le plancher,

Froideur, froideur.

Mon autre jambe arrive.

Elle piétine deux choses, j’ai peur.


Mon pied se rétracte, élastique.

Et je crie rageur.

En fait, rien de grave :

Je me calme, rêveur.


Juste du latex usager,

Et une culotte de couleur.

Celle que j'ôtai la veille,

L’alarme continue de grincer.


Mes esprits retrouvés,

J’accouche un poème vainqueur.

Et bondis sous la douche,

Car il sera bientôt l'heure.



***************



L’écriture


Avant de dormir,

Je cherche une plume,

Et une feuille blanche,

Rectangulaire et virginale.


Je la pose sur une table,

Ou au pied de mon lit.


Au réveil le lendemain,

Plein de courage et d'inspiration,

Je donne corps à mes émotions.


Et, en transe,

Comme le verbe créateur,

Celui des origines,

Je modèle les idées,

Et potelle les lettres,

Qui tombent et s'ordonnent,

A la chaine, en rythme.


Quand je soulève les pieds,

Mon poème se lève,

Fort, triomphant,

Prosaïque ou rimée,

Il s'impose et frime.



***************



La croix du mal


La croix du mal


Le jour dans l'oppression

La nuit dans la souffrance

Le jour dans l'injustice

La nuit dans la peur


Le jour dans le mensonge Cœurs déracinés, sans l'espoir Le jour dans l'infamie

La nuit dans l'outrage Cœurs brisés dans l'amertume La nuit dans l'excès

Le jour dans le sarcasme Cœurs affligés dans la détresse Le jour dans l'insolence

La nuit dans l'offense Cœurs meurtris dans l'angoisse La nuit dans l'atrocité


Le jour dans la désolation

La nuit dans la tourmente

Le jour dans la tempête

La nuit dans le naufrage



***************



Mon spleen à moi


Quel serpent de feu et de corail

M'étreint et me vole mes pleurs d'hier?

Quel vent m'agite et me traine

Vers cette vague d'oubli certain?


Dans la gare à peine éclairée,

Où s'impatientent des jambes pressées.

J'attends mon train de souvenirs,

Comme la sécheresse attend la pluie.


O nuit, il fait nuit. Elle est tombée.

Dans les fossés, les crapauds croassent.

Leur musique assourdissante

Se glisse dans mes draps solitaires.


Déjà, je porte l'anse, les mouchoirs, les drapeaux.

L'espérance fanée qui est un bourgeon qui renait.

Souvenirs, compagnons de toute halte,

Je vous attends un peu plus loin.


Quand le feu de nouveau, nous réunira

Comme aux premiers contes de notre enfance

Avec les ogres voraces et les fées bienfaitrices

Les fantômes de mon obsession


J'ai apprêté tout ce qui brise, casse et recolle

Tout ce qui fait mal et qui caresse

Des jouets de bébé et d'adulte

Bouts de bricoles retrouvées, puis perdues en un instant.



***************



Le gong de l'éveil


Les arbres de la forêt s'enflamment. Ging ko

La fumée s'élève sur nos villes. Ging ko

Les fleuves s'enflent et rougissent. Ging ko

Les crocodiles et les vautours jubilent. Ging ko


Les cadavres hoquètent. Ging ko

La mort trépigne au rythme des rafales. Ging ko

Le pain brule, le champ aussi. Ging ko

La veuve pleure, l'orphelin crie. Ging ko ko


Le sang déborde. Ging ko

La nuit allonge ses cauchemars au grand jour. Ging ko

Réjouissez-vous, maitres et artisans de la mort. Ging ko

Assouvissez votre soif et vos désirs. Ging ko


Réjouissez-vous, bouchers égorgeurs. Ging ko

Réjouissez-vous, gurus redoutables, exacteurs. Ging ko

Vous qui complotez contre le peuple. Ging ko

Tombez, balles grêles, giboulées de feu. Ging ko


Que s'inclinent les rampes. Ging ko

Que volent les missiles. Ging ko

Mais quand tout sera consumé, Ging ko

Le phénix renaitra t-il de ses cendres?

Ou sera t-il inhumé? Ging ko



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Cris de cœur pour l’Afrique


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Prix de la Francophonie 2007 Biscarosse (France)


Avis de recherche


Je cherche une terre,

Une terre unie, pour cultiver,

Non pas les embrasements,

Mais plutôt les embrassements.


Je cherche des mots anciens,

Pour te narrer mon rêve plus grand qu’une foule,

Plus long qu’un simple chemin.

Le rêve d’un peuple libre et prospère.


Je cherche une eau,

Qui se souvienne du désert,

Jadis verdoyant, de ma vie,

Qui s’effrite, tel un monticule piétiné.


Je cherche un air,

Une chanson, une mélopée.

Oublier quelques instants mes misères,

Mes peines et mon sang jailli,

Des brasiers de Soweto et de Kigali.

Le cri de mon peuple,

Qui continue d’errer.


Je cherche encore des larmes,

Celles de mes amours disparus,

Sous le sifflement des armes.

Les larmes qui ont emporté tes rêves,

Ô Afrique, ma belle patrie.


***************



Noir


Noir est mon nom,

Noire est ma race.

Par le monde entier,

S'est illustré mon renom.


Merci, mon Seigneur,

De m'avoir fait noir.

D'avoir fait de moi,

La somme de toutes les douleurs.


Je suis heureux de la forme de ma tête,

Faite pour porter le monde.

Je ne suis point peureux.


Fier de la forme de mon nez,

Qui hume la douleur et les souffrances

Les peines, qui me sont liées.


Je suis hospitalier et accueillant,

Même, pour ceux qui élèvent des murs,

Et affrètent des charters.

Ceux qui estiment avoir du pur sang.


Noir est mon nom,

Noire est ma race.

Je suis content de mes traits,

Fier de nourrir le monde.



***************



Paysan frappe


Paysan frappe le sol de ta daba.

Frappe, paysan frappe.

Car ce n'est pas les mains croisées,

Que tu trouveras ton pain.


Frappe la terre de ta daba.

Frappe, car si les hommes,

Ne peuvent rien pour toi,

Si le bétail n'a pas survécu,


Si tes vains dieux,

Ont une fois encore,

Eté sourds à tes gémissements,

La terre elle t'entend.


Elle ne te laissera pas mourir de faim.

Cette même terre,

Qui a nourri tes pères,

Et qui a fait croître leurs biens.


Elle ne t’abandonnera pas,

Si tu ne l'abandonnes.

Frappe, paysan frappe.

Frappe le sol de ta daba.


Frappe, paysan frappe.

Supplie le ciel, et que tombe de l'eau,

Pour que pousse l'herbe verte.


Frappe paysan frappe.

Car les étoiles ne sauraient

Contredire les lois naturelles.


Frappe avant qu'il ne soit tard.

Mais, il n'est jamais trop tard,

Pour ceux qui gardent l'espoir.


***************



Larmes d'Afrique


J'entends le hurlement des koras,

Et les complaintes des flûtes.

Je vois l'amertume des pleureuses,

Et j'observe le folklore de leurs gémissements.


Les larmes de nos femmes anciennes,

Larmes chaudes et salées.

Trop vite bues au coin des lèvres oublieuses.

Les cris d'enfants égorgés dans la nuit,

Le crépitement des cases qui s'évaporent sous les flammes.


J'entends le silence des filles violées.

Le cliquetis des squelettes de bébés affamés,

La douleur des mères éventrées,


J'entends la mélodie des bombes,

Qui pleurent sur l'Afrique meurtrie.

J'entends l'éternel combat,

Qui déchire les frères nègres.


***************



Belle d'ébène


Belle créature à corps d'ébène,

Pose ta jarre près de moi.

Laisse-moi goutter de ton eau,

Elle est fraîche et claire.


Vois comme il fait beau,

Vivre dans notre pays, noir.

Riche terre que nous a

Légué la nature, divine.

Magnifiques paysages d'Afrique.


Qu'avez-vous à envier aux autres ?

Brave nègre, avec la terre,

Tu as tout pour être heureux.

Le travail libère les peuples.



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Errances


Aimer les mystères

Passer des parfums

Saluer les défunts

Quitter la terre


Ma jarre est sèche

J'ai traversé le vallon

Et joué du violon

Avant de voir une brèche.


Je défais la mèche

Sortons du salon !

Le couloir est long

On saute dans une calèche.


Ce sont les rêves des hommes.

Quand ils piquent la trouille

Et que leur culotte se mouille.

Mêmes errances pour les grands et pour les mômes.


Je n'aime pas la mer.

Elle me fait peur,

Elle n’a pas de cœur.

Vidons nos têtes de fer.


***************



Fillettes en larmes


Ô gémissements.

Ô détresses.


Cris d'intenses douleurs.

Cris que poussent les fillettes africaines.


Très tôt déscolarisées,

Ou jamais instruites.

Enlevées brutalement à la tendresse maternelle.


Dans l'espoir d'un bonheur illusoire,

Expédiées sur une destination inconnue,

Transportées comme des bagages,


Vers un camp infernal de travail sans répit.

Une carrière ou casser des pierres.

Noyées, anonymes, sur une côte quelconque.


Les faubourgs d'une métropole blanche ou noire,

Enchaînées pas les liens des proxénètes.

Complicité d'adultes sans vergogne,

Viols répétés, sida, grossesses.


Non! Hurle! Crie encore!

Elle s'obstine à te fuir, la mort.

Mais la douleur est là,

Toujours plus aigüe.


Misérables conditions de vie

Avenir absent, inexistant.


Comment ne pas pleurer

En voyant voguer la galère,

De beaucoup de filles d'Afrique,

Petites, insouciantes, innocentes.


Pourquoi? Comment?

Elles ne le sauront jamais.

Mais, dans l'indifférence générale,

Elles souffrent en silence,

Encore et encore.



***************



Les misérables


Des pauvres à perte de vue,

Des squelettes dans un pays en paix,

Comme à la télé j’en ai vus.

De la misère partout, La faim, la soif toujours.


Des vieux, le ventre creux,

Qui, rejettent la responsabilité sur Dieu.

Le manque, le dénuement,


Une horde de mendiants,

Parés de leurs haillons, ils déambulent,

Broutant du foin comme de viles mules.


Enlisés dans un cercle vicieux,

Ils sont ceux qui gaspillent le plus.

Ils n’ont rien et s’endettent chaque jour un peu plus.


Les misérables emplissent les églises,

Et assiègent tous les lieux de culte.

Pour tromper leur triste sort,

Ils chantent des cantiques,

Et se promettent un bonheur posthume.


Quand on crève, on ne peut raisonner.

Ils parlent d’un sauveur qu’ils comprennent à peine,

Qui viendra les délivrer.


Tout vendeur d’illusions est le bienvenu,

Pourvu qu’il ne réclame point d’argent.

Ils s’en remettent aux politiciens,

Leur baguette magique, leur panacée.


Ils se réveillent quand le soleil est au zénith

Et s’endorment avant qu’il ne se couche.

Ils ne travaillent presque pas.

L’oisiveté est mère des vices.


Les misérables parlent beaucoup, leurs femmes surtout,

Critiques oiseuses, témoignages calomnieux.

Le nègre est assis sur le diamant mais pleure.

Il quémande et cherche en vain des coupables.



***************



Un pays malade


Une université et demie pour tout un pays.

La comptabilité enseignée et dictée,

A mille étudiants assis sur des briques.


Des autoroutes de trois mètres de large.

De la fumée noire, très toxique, à perte de vue.

Les gaz cancérigènes qui tuent.


Des camions et des locomotives de la première guerre.

Des hommes aquatiques, amis des grenouilles.

Des élevages industriels de moustiques.


Des conserves avariées en vente, bon-marché.

La corruption partout, l’impunité, le désordre.

Quelques diplômés, sachant à peine lire et écrire,

De nouveaux chômeurs.

‘Cadres crétins’ a dit l’autre.


Le culte de la médiocrité.

Des pilleurs qu’on décore,

Les sages sont ridiculisés.


La démocratie est devenue une chanson,

Comme plus tard le changement sera un poème.


Un pays à l’envers

Où tout se passe de travers

Une nation en paix, une paix précaire


Les entreprises sont saccagées

Ensuite, on pourra les brader


Un pays malade, quoique riche

Qui souffre de ses habitants

Misérables, tristes, oisifs

Paresseux surtout


Un pays tout de même

Qui peut-être finira par se réveiller.



***************



Dites-moi pourquoi


Pourquoi devons-nous vêtir l'opprobre,

Comme un boubou taillé à notre mesure,

Avec le tissu des pestilences,

Et la tarlatane du mensonge ?


Pourquoi devons-nous courber l'échine,

Sous le poids embarrassant des dictatures,

Fermer les yeux et sceller nos bouches,

Rengainer le cri de révolte?


Pourquoi naitre, croitre et mourir;

Si vite, sans rien, sans traces,

Dans les miasmes de l'indignité,

Dans les fanges de l'humiliation?


Pourquoi trimbaler l'héritage de nos récents aïeuls,

La lamentable mine de misère qu'ils nous ont laissée,

Continuer honteusement comme eux,

A vendre nos frères et nos terres?


Pourquoi attendre la providence?

Crier et pleurer encore et encore?

Tendre nos mains bien portantes,

Et courir après l'aide mesquine et conditionnée?


Pourquoi obtempérer comme des ouailles,

Aux injonctions des Nations-unies-mais-contrôlées

Et autres institutions-épouvantails;

Qui cachent leurs crocs de loups sous de la laine d'agneaux?


Pourquoi ne pas bruler les kalachnikovs,

Se lever comme un seul peuple nègre,

Et rebâtir notre continent en ruines?

J'ai cherché pendant vingt-et-deux ans sans trouver pourquoi.



***************



Le discours de la mer


Ecoutons la mer !

Elle parle de grands poissons,

Qui se repaissent de langues, de peaux,

De sexes et de cervelles d'hommes.


D'hommes jetés par dessus-bord,

D'hommes qu'on piétine,

D'hommes qu'on assassine,

D'hommes sur qui on crache.


De femmes et d'enfants morts sans sépultures,

De pirogues étroites mais bondées,

De nègres vigoureux, sains et intelligents,

De passeurs sans vergogne et de nageurs maladroits.


La voici, la mer qui exhume ses listes.

Elle parle de vies d'hommes et de naufrages,

De soleils captifs et de randonnées délétères,

D'espoirs illusoires et aveugles.


Elle raconte l'épopée des marchands d’esclaves, hier.

Et les coups de feu des gardes-côtes espagnols, aujourd’hui.

Elle parle d'elle même, de ses vagues assassines,

Et des cris de détresses de mes frères et sœurs engloutis.



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Les nobles

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Envie de son


Fais au blanc frisson de tes doigts,

Gémir encore, Ô ma maîtresse,

Cette kora dont la caresse,

Jadis extasia les rois.


Sous les lustres aux prismes droits,

Sonne, en mon cœur, une morne ivresse.

Ce soir de grand froid et de paresse,

Assis sur un divan d’osier béninois.


Que ton instrument vibre et pleure,

Pour que j'oublie avec toi l'heure,

Dont les aiguilles et les motifs rêveurs,

Tournent à un rythme trompeur.


Bercés par le son mélodieux,

De ta guitare nègre,

Je prendrai ta main maigre,

Et nous danserons la valse des dieux.



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Le poème non écrit


Je ne suis pas un poème.

Ne me cherche pas dans un livre

Ni dans les immeubles,

Je n'ai point de maison.


J'habite une vague, un frisson, un mot.

Fais-moi un clin d'œil, d'oreille et de bouche.

Fais-moi une grimace

Vole moi une caresse.


Je suis arrivé un jour d'équinoxe,

Avec les débris de la mer et les algues

Dans des bagages égarés.

M’accueilleras-tu ? Me liras-tu ?


Quand du ciel, sourdent d'infinies tristesses,

Hourras, lamentations et sanglots,

Tant de choses amères tues ou murmurées

D'une voix plurielle.


Appelle le vent,

Il te dira mon nom et ma patrie.

Il te décryptera les rimes et les proses,

Ainsi que les graffitis hiéroglyphiques,

Sur lesquels on me couche.


Hèle les hirondelles et les colombes.

Elles te diront vers quel océan de temps,

Je dérive, avec mes voiles hissées hautes.

Alors, tu sauras ce que je suis,

Et tu me brandiras comme un rameau de pâques.

***************



Adoration


Je viens dans son temple adorer l'Eternel.

Je viens selon l'usage solennel,

Célébrer avec vous, le sabbat,

Purifié de tous mes ébats.


En ce saint jour,

Les trompettes, du sauveur, annoncent le retour.

Le saint temple est orné de motifs magnifiques.

La grande foule inonde les portiques.


Ensemble, devant l'autel où nous sommes introduits,

Les mains pleines d'offrandes et de fruits,

Au Dieu vivant, nous consacrons nos prémices,

En guise de remerciements et de sacrifices.


D'adorateurs zélés, un petit nombre,

Se cachant sous leur tunique, tels des ombres.

La majorité ignore le profond sens du moment,

Mais crie et jubile joyeusement.


Quelques uns, de leurs vilains yeux,

Lancent sur le sanctuaire, des regards furieux.

Mais celui qui a créé les monts et les flots,

Discrètement déjoue leurs mauvais complots.


Soumis avec grâce à sa volonté sainte,

Tous ceux qui ont pour Dieu de la crainte,

Sont recouverts d'une infinie grâce.

Ils vivront dans la mystique éternité de son palace.



***************



Des vers en cadeau


Je te donne ces vers,

Afin que si mon nom voyage dans le temps,

Et accoste aux époques lointaines,

Il fasse rêver les cervelles humaines.


Pareilles aux fables antédiluviennes,

A ta mémoire incertaine,

Resteront pendues, mes rimes naines ;

Comme la cloche d’une chapelle romaine.


Que dirai-je ce soir pour t’attendrir,

Toi, pauvre none solitaire ?

Que diront mes lèvres gercées et mon cœur flétri

A ton âme si belle, si bonne, si chère ?


Toi, la servante du Seigneur

Dont le regard divin m'a toujours refleuri.

Te ferai-je un câlin, ma sœur ?

T’offrirai-je un voile fleuri ?


Des voiles, tu en as assez.

Et tu ne prends ni câlin, ni baiser.

Mais tu aimes chanter des louanges.

Reçois donc ce poème qui a le parfum des anges.



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Azalou


Azalou est ton nom.

Tu es laid,

Tu n'as pas bu du lait.


En promenant mon regard

Hagard, sur la face de la terre,

Il y a une chose que je n'ai point vue,

Et que j'annonce au peuple.


Je n'ai pas vu,

De créature, aussi affreuse que toi.

Tu fais de ta coupe le sang,

Et ton repas est la chair des humains.


Azalou est ton nom.

Tu es laid,

Tu n'as pas bu du lait.


Ton visage sale repousse,

Eloigne même le diable

Comme l’exorcisme d’un diacre

Toi même, tu es diable vivant.


Tu as des cornes de zébu.

Bossu et grincheux, tu as même une queue.

Tout le monde fuit à ta vue.

Et ta joie est le malheur du monde.


Azalou est ton nom.

Tu es laid,

Tu n'as pas bu du lait.



***************



Mon cahier bleu


C'était un cahier ordinaire,

Avec une couverture en plastique bleu.

Un cahier d'artiste, d'entrepreneur et de génie

Un grimoire, un mémento, une encyclopédie

Un cahier brouillon aux belles pages blanches

Gribouillé d'encre bleue et de graphite.


J'y couchais toutes mes idées

Les plus belles et les saugrenues

Celles qui me saisissaient comme une diarrhée

Et me tiraillaient jusqu' à ce que je les grave

Celles qui parlaient de politique et de métaphysique

Celles qui traitaient de progrès et de richesse

Pour les peuples du monde et pour moi

Celles qui chantaient des mélodies

Et parlaient de biologie ou de poésie

Des idées sages ou vicieuses

Mais toutes originales et précieuses

Fruits de science, d'intuition et de créativité

Accumulées en huit mille journées

Autant de randonnées uniques à jamais perdues

Dissipées, disparues comme elles sont venues

Emportant mon pauvre cahier


Je vous conjure de revenir

Avec ou sans mon cahier

Que vous soyez au ciel ou à la poubelle

Ce cahier que j'aimais

Ce cahier qui allait changer le monde.



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L'ultime don


La femme est comme un château.

Il y a ceux qui, le temps d'une vie,

Font des aller et venues pour faire le ménage

Ceux qui font les emplettes et la cuisine

Les maraudeurs qui grimpent les murs

Les prisonniers enfermés dans les cales souterraines

Le major d'homme qui maintient l'ordre

Le chevalier qui s'occupe de la cavalerie

Le prince charmant qui anime les rêves

Le roi qui a le titre de propriété

Et enfin l'Homme à qui elle se donne


Cet homme peut être une femme

Un jeune, un vieillard, ou un mort

Un noir, un blanc ou un métisse

Par un heureux hasard

Ou par le sang et la sueur de l'effort

Il a trouvé la clé

Et l'a déposée dans la serrure


La femme qui se donne est un bien inexprimable.

Une lazurite rarement découverte

Un graal dans une crypte scellée mille fois

Beaucoup de males n'en ont pas idée

Beaucoup de femmes ne le feront jamais

C'est un secret d'alchimiste


Quand une femme se donne à un homme

Corps, âme et esprit, dans une extase ternaire

Au delà de la verge, des secousses et des flux

Une implosion atomique

C'est comme fondre le voile céleste

Et s'unir avec le macrocosme

Dans l'éternité d'un instant qui métamorphose



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Instincts féminins


Toutes les femmes sont pareilles

Quand on y regarde de près

Au delà du voile des apparences

Au delà même des premières ressemblances


Quand on ouvre le corsage

Et soulève le rideau des poils

Toutes sont de franches aimantes

De naturelles et fraiches amantes


Elles ont toutes les précieux galbes

Qui nous emballent et nous allument

Des globes corporels

De divines rondeurs


Tous les paysages de notre imagination

Les plus beaux, les plus crus

Qu'elles soient nues ou vêtues

Qu'elle soit seule ou en groupe

Elles ont la même tendresse maternelle

Qui se transmue en passion, haine ou indifférence


Elles ont le même attrait matériel

Pour les pierres, les chaines et les étoffes

Le même désir charnel

Pour les friandises et les câlins


Celles qu'on cloitre à la maison

Celles qu'on fuit ou redoute

Celles qu'on paie à prix d'or

Celles qu'on vénère pour la vie

Celles qu'on aime ou déteste

Celles qu'on convoitera éternellement


Toutes les femmes sont pareilles

Fragiles, mais puissantes

Paresseuses ou courageuses

Elles sont de pures merveilles.



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La vie est une poésie


Il ne faut pas forcer la poésie

Il faut la laisser monter

Comme la sève se faufile au creux de l'arbre

Comme le sperme grimpe l'urètre

Des racines jusqu'à la cime


Tout le monde est poète potentiellement

Tout le monde peut chanter, errer, aimer, rimer

si nous avons un cœur qui tressaillit

Une cervelle, des neurones et des synapses

Des yeux pour voir

Des émotions pour nous émouvoir

Des narines pour sentir

Laides exhalations, suaves parfums

Deux tympans pour capter

Les sons, même les plus fins

Les vacarmes et les silences

Les secrètes musiques de la vie.


Les plus beaux vers sont ceux de la nature

Ils ont une pureté divine

Et balaient toute l'échelle des couleurs

Ils nous vivifient comme elle.


Il nous faut juste vivre

Suivre les muses véritables

Tel l'enfant marchant derrière sa mère

Celles qui sont blotties et cachées

Dans le tréfonds de notre âme

Dans les routines quotidiennes


Il nous faut ouvrir nos sens et notre intuition

Au souffle revigorant des choses et de la gnose

Devenir nous même les quatrains de nos rêves

Regarder se concrétiser nos aspirations

Avec l'aisance d'un stylo qui écrit tout seul.



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La mort n’est plus


Etouffons nos plaintes !

Apaisons nos craintes !

La radio annonce le décès de la mort

Les dieux l’ont inhumée dans un lointain port


Jadis, les rires désertaient nos cœurs torturés,

Que transperçait la souffrance.

Nos yeux boursouflés se noyaient,

Dans la rivière de larmes amères.


Les hurlements lugubres des loups,

Et les pleurs stridents des enfants,

Se mêlaient au récital des rapaces.

Tout sentait du noir, la couleur du deuil.


Dame mort restait à nos portes,

Avec son cortège de lamentations,

Sa horde de cauchemars,

Et sa meute de terreur.


Non, tu ne nous fais plus peur,

Toi et ta meute affreuse.

Nous avons compris que tu n’es pas la fin.

De même qu’une porte n’est pas la maison.


Tous un jour, prendrons le large.

Chacune de nos vies ne dure qu'une page.

Mais ce qu'il faille faire, c'est croire et prier.

Vivre l’Amour et le célébrer.


Pourquoi vivre, pourquoi trépasser?

Tout ceci n'est qu'une pathétique absurdité.

Pourquoi mourir, pourquoi revivre ?

Parce que le divin l’a écrit dans son livre.


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Beauté infernale


La négresse aux prunelles ardentes,

Hier s'est mise en route emportant ses petits,

Hissés sur son dos, ou livrant à leurs fiers appétits,

Le trésor toujours prêt de ses mamelles pendantes.


Elle est belle, Ô mortels! Comme un rêve de pierre.

Et son sein où chacun s'est meurtri tour à tour,

Est fait pour inspirer au poète, un amour

Eternel et muet, ainsi que la matière.


Elle a, pour fasciner ses dociles amants,

De larges yeux aux clartés éternelles.

De quel ciel lointain vient-elle ?

Dans quel profond abîme git-elle maintenant?


Beau comme l’amphithéâtre de Nîmes,

Son regard infernal et divin,

Verse confusément le bienfait et le crime.

Et l'on peut pour cela la comparer au vin.


Sort-elle du gouffre noir ou descend-elle des astres?

Le destin charmé suit ses jupons comme un chien.

Elle sème au hasard la joie et les désastres.

Et elle gouverne tout, sans répondre de rien.



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Le papillon


Ecoute la voix de la belle,

La belle dame qui t'appelle,

Qui t'appelle parmi les lys,

Les lys fleuris du paradis.


L'hiver passera sur terre.

Le printemps te rendra ta mère,

Et tu verras l'automne fleurir,

Quand en été Dieu te dira de grandir.


Ecoute la voix de la belle,

La belle dame qui t'appelle,

Qui t'appelle parmi les lys,

Les lys fleuris du paradis.


Après avoir tout l'août travaillé,

Tu verras tes ailes se déployer,

Avant de devenir joli papillon,

Qui voltige sur les fleurs et les sillons.


Ecoute la voix de la belle,

La belle dame qui t'appelle,

Qui t'appelle parmi les lys,

Les lys fleuris du paradis.



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Hymne au penseur


A toi, mon homonyme.

Toi qui fais de la rime.

Que tu vives à Pékin ou à Nîmes,

Dans un bas-fond ou sur les cimes.


A toi le philosophe,

Qui aime les métaphores,

Et les longues strophes.

Toi qu’on dit fort.


Toi, dont la plume terrible,

De bonheur nous abreuve.

Quand les problèmes que tu cibles,

Et tes conseils nous émeuvent.


Tes bouquins lus,

Le trac nous fuie.

Ta rime tantôt nous tue,

Tantôt nous mène vers nos buts.



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La danse des maux


Tout coule, tout est vain et tout s’envole.

Le temps coule, coule, s’écoule.

Il suit son train-train tel un train,

Telle une vieille bâtisse, il s’écroule.


Les jours passent, de toutes les couleurs.

Rouges, gris, noirs, jaunes, bleus, blancs, beurs,

Prenant de l’arc-en-ciel les couleurs.

Les jours courent, comme des guerriers Toucouleurs.


La vie comme une flèche s’envole.

Bientôt abandonne notre coupole.

Hier vigoureux, déjà décrépis, la mort s’irrite.

Qui nous vole notre vie qui passe si vite ?


Les diables ?

Non, ils errent dans les sables et les vagues de notre imagination.

Les dieux ?

Non, ils sont consumés par les feux qu’attisent les vents des hommes.

Le travail ?

Non, lui qui nous a conçus continue de nous nourrir.

L’amour ?

Non, beaucoup l’ont perdu.

L’argent ?

Peut-être, car nous ne l’avons pas compris.

La routine ?

Peut-être, car elle nous aveugle.


L’ignorance ?

Probablement, je pense.

C’est le seul et le pire de nos maux.

Hélas, très peu en disent mot.



***************



Le jardin


Dans un petit jardin d’Ose,

Où flamboie un pré de roses,

J'entends le chant des papillons,

Voltigeant sur les sillons.


L'ambiance est très mélancolique,

Amusante et exotique.

Pas loin de là, Madame Francine,

Qui s'affaire à la cuisine.


Elle apprête le déjeuner,

De crêpes et ragoûts entremêlés.

On termine toujours par la tarte,

La tarte au chocolat de Sparte.


La préférée de ses poussins,

Tous verts comme des capucins.

Le vieux Ratafluor,

Ronfle encore.


Il viendra bientôt,

Dans son bleu manteau.

Plus gourmand qu'un louveteau,

Il adore les gâteaux.


Dandinant avec sa canne,

Et têtu comme un âne.

Il s’assiéra sur la grande chaise

Et remplira son gros ventre d’obese.


Près de la cabane, jouent les chiens.

Manger, dormir ou bien rien,

Ainsi vivent nos bons amis,

Dans leur petit jardin.



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La peur


J’entends souvent

Dans la nuit profonde,

Lorsque souffle le vent,

Des bruits semblables à ceux d’un autre monde.


Beaucoup dirons : Hallucinations !

Mais j’ai vraiment l’impression,

D’apercevoir une horde d’ombres, planant comme des ondes,

Dans les divers recoins de notre cour ronde.


Je frémis, de plus en plus, quand ces murmures,

Se précisent derrière mon mur.

Et quand la brise souffle, cette fraiche et étrange brise,

Une chouette vient cogner les volets de mes persiennes grises


Ah ! L’oiseau de malheur,

Qui quoique beau, m’inspire tant de laideur.

Sa seule vue me fait trembler comme un vieux.

Alors, pour chasser la peur, je m’en remets à Dieu.



***************



L’enfant turbulent


Il y avait dans notre maison,

Garée depuis des lustres,

Une grosse berline couleur de plâtre,

Immobile comme dans une prison.


De sa belle couleur rouge,

Elle trônait au milieu de la cour.

Et mon frère, quelques jours,

Y entrait par infraction pour qu’elle bouge.


Comme à son habitude,

Il guettait de son père, le départ,

Et ouvrait le tiroir de son coffre.


Aux traitres éventuels, il faisait des offres,

Ou, lançant des regards furtifs et rudes

Menaçait de nous foutre à la mare.



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Si on lisait dans le cœur d’autrui


Si on lisait dans le cœur d’autrui,

On chasserait à jamais, l’ennui.

On accepterait les autres,

Et de la non-violence serions apôtres.


La société irait vraiment mieux,

Les jeunes respecteraient les vieux.

On comprendrait ces petites choses,

Qui de nos colères étaient les causes.


Si je pouvais lire dans ton cœur même,

Plus besoin que tu me dises ‘je t’aime’.

Nul secret qui plus tard ne se révèle,

La vie serait super-belle


Il n’y aurait plus de guerre,

Sur notre terre mère.

Tous les peuples réunis en paix,

Vivraient dans un ordre parfait.


Si tu lisais dans mon cœur,

Tu verrais le dilemme de ma vie,

Et accepterait les choix que je fis.

Si seulement on pouvait lire dans les cœurs.



***************



Le souffle des choses


Toute chose a un souffle.

Un souffle pur mais invisible.

Une énergie forte, profonde,

Que nul ne soupçonne ou ne sonde.


Toute chose a une raison d’être

Un rôle à jouer, toujours

Dans l’existence de tous les jours,

De nous autres qu’on appelle, Etres.


Toute chose veut qu’on l’aime,

Que de l’affection, en elle on sème.

Elle veut bien être utile,

Plutôt qu’inerte ou futile.


Toute chose est éphémère,

De même que son propriétaire.

Toute chose a une âme,

Qui la suit dans l’espace calme.


Toute chose a un souffle.

Un souffle pur, quoique invisible.

Une énergie forte, profonde,

Que pourtant, nul ne sonde.



***************



Grand père continue


Malgré sa décrépitude,

Son âge avancé,

Son échine courbée,

Il a conservé ses habitudes.


Il a le front ridé,

Les lèvres gercées,

Quatre vingt-huit ans de labeur

De dévouement et d’ardeur.


Mais ce soir encore,

Il va chez grand-mère

Avec les mêmes manières

De l’autre côté du port.


Il s’introduit dans la chambre,

En soulevant les jambes.

Il s’approche du lit byzantin

Ote le drap roussi de satin


Et saute sur sa chose,

Qu’il a couverte de graffitis roses.

Il la caresse de ses ongles sales

Jusqu’à se faire mal.


Il tire sur les cordes,

Pour que la guitare s’accorde.

Je parie que, comme mon frère,

Vous avez cru qu’il a sauté sur grand-mère.



***************



Une baraque au Bahamas


Le fils du fermier Massaï,

Sirote du bonsaï en route pour Hawaï.

Pour quitter son Kenya natal,

Il prend un paquebot ;

Car il n’y a pas d’embouteillage sur l’eau,

Et c’est plus prudent que les pirogues.

Escale au Bahamas pour un ravitaillement,

Et c’est là qu’une brunette américaine,

Lui demande avec un accent spécial

D’être son premier amant

En urgence et à l’ombre d’une baraque

Lui offrir la semence qui ira germer à Hawaï.

Au milieu du foin et des veaux,

Fut conçu le sauveur de l’Amérique.



***************



Lamentations diurnes


Je suis étranger chez moi.

Perdu, sous mon propre toit.

Dans ce pays où tout le monde court,

Comme à bicyclette, faire un tour.


Je suis perdu sur ma terre.

Sans mere, frere, ni pere,

Sans boussole ni repère.

Pour m'épauler, aucun pair.


J'ai le dégout de vivre,

Comme un poussiéreux et vieux livre.

Harassé et las de tout,

Comme dirait vraiment un fou.


J'ai une impression de grande solitude,

Emballé dans les mêmes routines et habitudes.

La télévision qui maintenant m'ennuie,

Les jours de ma vie, qui à toute vitesse, fuient.


Mon pays m'énerve,

Avec ses utopiques rêves.

Le peuple qui derrière, traine les pas;

Alors la magie du changement ne prend pas.


Ma maison m'agace,

Avec ses grisâtres faces,

Ses grands murs de poussières

Et les effluves de marais brulé


Je suis étranger chez moi,

Perdu sous mon propre toit.

Je suis étranger sur ma terre,

Sans boussoles, ni repères.



***************



Jours d'infortune


Il est des jours d'infortune,

Où le rire déserte mon cœur torturé,

Lorsque les pointes aigües de la souffrance

Me martèlent en cognées meurtrières.


Des jours où cette quête de moi,

Tourne à l'obsession.

L'horizon clame son incertitude,

Et le désir s'enfle, violent comme un fleuve.


Une montée soudaine d'eau rageuse

Qui déborde ma gorge

Et soudain s'affaisse exécrable

Comme un vil abandon.


Il est des temps,

Où entre tes lèvres, ma chère,

Reposent les lointains délices de la liberté.

Ton absence me cloue et me transperce.



***************



Me voici debout


Me voici debout dans la mer et son écume

Installant par les soins obligeants de l'ombre

Des brasses de volupté et d'errance morne.


Me voici dilué entre algues et coraux

Je me reconnais dans le mouvement ostensible des vagues

Avec elles, je viens mourir sur les plages de silence

Avec elles, je viens heurter les écueils de mensonge.


Mais toujours je cingle sur le sel de la vie

Vers les horizons embrasés par tant d'interrogations

Muées en morsures de scorpions,

En démangeaisons nocturnes et capillaires.


En ces lieux où je cherche en vain

Une balise, un phare, un sémaphore

Il y a les marées

Collier de perles suspendues à mon cou

L'ire des flots, ma couronne

Et cette procession pour les noces


O nuits nuptiales au bord de l’eau

On dit que la marmite épousa le feu

Festin, convives et mariés disparurent,

Et les courants marins les drainèrent

Jusqu'à une aurore lumineuse.



***************



Orage et Solitude


Le tonnerre gronde.

Sont-ce les dieux qui n'en peuvent plus

D'apaiser un dieu offensé?

Est-ce une querelle que se livrent

A notre insu, le ciel et la terre?


Longtemps j'ai contemplé l'averse.

Elle chante sur mon toit.

Elle suinte sur mes murs.

Elle crépite sur le sol.


Longtemps j'ai contemplé l'éclair.

Il se fraie toujours un chemin,

Dans les cieux, vers nous;

Se faufilant à travers les nuages.


Et longtemps, encore,

Dans la moiteur de ma cellule,

Parmi les bouquins épars,

Tes lettres me diront ta solitude.

Toi qui vis sur un autre continent.

***************



Paume innocente.

Ma paume roulera sur la plaine de ton corps

Caressant tes rondeurs et tes formes pleines

Ton corps me répondra en s’arc-boutant encor

Il acquiescera en sifflant en cor

Il demandera plus, et désirera mieux.

Plus vite, plus bas, plus mal,

Sur la moindre parcelle de peau

Peau moite, humectée, huilée

Peau massée a l’huile de coco

Ma paume inscrira sur toi, son sceau

Et te plongera dans un seau de délices.

Ma paume vicieuse te tiendra en lice.

Tu sauteras en mille soubresauts

Tu vibreras comme les cordes d’une harpe

Une vieille harpe savamment jouée.

Ouverte, offerte et tendue,

Tu voudras même qu’elle te tape.

Plus mal, plus bas, plus vite

Tu voudras qu’elle te fasse tous les rites

Avec l’adresse du tireur d’élite

Et l’expertise du sorcier hachémite.

Elle te fera revivre tous les vieux mythes

Et tu inonderas ton gite.

Ma paume te feuillettera comme un cahier

Un cahier nouveau encore vierge

Un manuel de grammaire tombé sur le plancher

Plus bas, plus vite, plus mal

Tu te feras docile et animal.

***************


Un enfant pour moi

J'ai aspergé mon corps d'essence de vanille.

Je l'ai massé sans répit, tous les jours de la semaine,

Afin que son baume délicieux t'enivre.

J’ai particulièrement travaillé mes tétons.

Ces petits tétons roses que tu ne cesses de mordre

Tu les titilleras de ta langue agile et pointue

Sur ce lit que je t'offre,

Un lit vivant, blanc comme une haie de lys.

Tu t'étendras docilement pour étancher ta soif.

Tu boiras goulument,

A mon puits abondant,

Source d'eau vive et de lait.

Je te chanterai des comptines,

Et quelques hymnes bruyants,

Afin que tu sois éveillé, vigoureux et que tu assures

Je céderai à tous tes caprices

Même les plus idiots

Je te gratterai les fesses, si tu le demandes.

Mais toi, tu tiendras ta promesse

Tu seras fort et adroit.

Tu me feras ce premier enfant que j'attends désespérément.

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Les courtes

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Mon île est sous le vent


Mon île est sous le vent,

Et les flots des vagues ardents.

Quelle est cette belle terre,

Où moi pauvre pêcheur erre ?


O doux bruit du vent,

Annonceur du beau temps.

Tout le temps, couché sur mon lit,

Elévation de sable où je gis.


Vivre seul est mon habitude.

Je ne puis mourir que dans la solitude.

Aujourd'hui, très loin de la ville et de toi,

Je me sens ivre de joie.

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Lune ronde


Ma lune est ronde.

Mes illusions fondent,

Tels des mirages et des ondes,

Quand je passe à l'autre monde.


Ma lune est un croissant

Aux effluves d'encens,

Parmi les étoiles, dansant.


Ma lune est carrée.

Son cou, de lazurites, est paré

De joailleries exotiques, entouré

Par un bijoutier affairé.

Sois ma lune un jour,

Sois ma lune toujours.

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Double-fleur


Je caresse avec mes fins doigts verts,

Ce pauvre cœur meurtri,

Qui coule et qui souffre.


Deux fleurs y sont blotties,

Une rose et une violette.

D'une beauté insoutenable,

D'une bonté d'ange,

D'une douceur de pomme,


Elles m’atteignirent amoureuses,

Lorsque grinça ta gâchette,

Et m’expédièrent en Hadès.

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Mbalax, mes jambes

Le tam-tam crépite.

Du cuir tendu sur un creux d'acacia.

Il est sec et crée le rythme.

Des adolescentes bien agiles,

Lui répondent en wolof.

Ca se danse en ouvrant les jambes,

En s'affaissant et en balançant les genoux.

C'est tres rapide et saccadé.

On bloque, on fend les reins.

Un vent curieux soulève les pagnes bariolés.

Bras ouverts, cuisses ouvertes;

Tantôt le ventre, tantôt l'épaule;

Voltiges et grands écarts;

La faille, jamais ne se dévoile.

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Douleur


Percé jusqu'au fond du cœur,

D'une atteinte imprévue et mortelle,

Misérable vengeur d’une injuste querelle,

Et malheureux objet d'une injuste rigueur,


Je demeure immobile et mon âme abattue,

Cède au coup qui me tue.

Tristement réduit à mon mal infini,

Je me demande ma faute pour être ainsi puni.


Cruel sort pour une âme généreuse,

Périr par une sentence si affreuse.

Je rêvais d’une mort douce.

Ce rêve dans la douleur s’émousse.


***************



Petit Pierre


Qu'y ait-il de plus affectueux,

Que l'amour et la tendresse d'une mère ?


Ces mille sanglots qui m'ont traversé,

Dès que j'ai appris que je devrais passer,

Tout le reste de ma vie, loin de la maison.

J'en ai perdu la raison.

Puisque sans mère,

Il n’y a ni maison, ni saison.


Moi, pauvre Pierre,

Vivre sans ma mère.


Que toute la force de mes muscles,

Tout le savoir de mon être,

Et tout mon courage m'assiste.


Alors, un jour je retrouverai,

Cet amour que rien ne surpasse.

Je m'épanouirai sous les ailes protectrices,

De ma mère divine.

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Piété


Dans l'église, sur l'autel merveilleux,

Dallys, inspiré par les anges,

A peint de façon mystique,

En robes à franges,

Le front nimbé d'un astre,

Une sainte aux yeux bleus.


Chaque soir, l'esprit hanté de rêves nébuleux,

Et de l'écho céleste des récitals étranges,

Je viens la prier sous ses blonds cheveux.

Sur le vitrail de mon cœur, je l'ai ceinte.


O bonne et bienheureuse sainte,

Toi la seule que j'aime et toujours aimerai,

Tu te plains à me voir sombre et désespéré,

Errant dans ton amour comme en un mémorial.



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Rêve enclos


Enfermons-nous mélancoliques,

Dans le frisson tiède des chambres,

Où les pots de fleurs de septembre,

Parfument comme des reliques.


Tes cheveux me rappellent les franges

Du gardien des vierges catholiques

Et des vieux tableaux des basiliques.


Ton clair rire d'émail éclate

Sur le vif écrin écarlate

Où s'étale mon ennui de vivre.


Ah! Puisses-tu vers dans le calme,

Faire surgir comme une palme,

Mon cœur cristallisé de givre.

***************



Question


Y-a-t-il une plage où de sages enfants ramassent des coquillages?

Une page où lire des mirages sans tomber à la marge?

Un mage qui ne dise point de commérages?

Une cage où faire des montages que le singe ne saccage?

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Souvenir


Je me souviens de ton visage carré.

De tes lèvres à petit feu dévorées,


De ta joue, contre moi pressée,

De tes cheveux dans mes mains caressées,


De tes sifflements, demandant encore,

L'ivresse tout entière de ton corps,


Chaque soir, je te vois revenir,

Me hanter comme un indélébile souvenir.

***************



La vie


La course de nos jours va bientôt cesser.

L'âge irréversiblement nous conduit à la mort.

Nous avons assez vu sur la mer de ce monde,

Errer au gré des flots, notre nef vagabonde.


Il est temps de jouir des délices du port.

Le bien de la fortune est périssable.

La vie s'effrite comme la maison bâtie sur le sable.


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