JEAN PIERRE MAKOSSO
MUANE MA M’KAYI
Hun’ tchimbukune
Le cri
du triangle
ou
Le poète, le conteur et le comédien
Éditions Dédicaces
Le cri du triangle
© Copyright - tous droits réservés à Jean-Pierre Makosso
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sans autorisation de l’auteur et de l’éditeur.
Couverture : © Olga Drozdova
Severniy, Fédération de Russie
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JEAN PIERRE MAKOSSO
MUANE MA M’KAYI
Hun’ tchimbukune
Le cri
du triangle
ou
Le poète, le conteur et le comédien
Le cri du triangle est une fusion
Une union équilibrée d’un point à un autre
C’est une main tendue vers l’autre
Un homme, une femme et l’enfance
La vie qui s’unit à l’amour
C’est la lumière qui jaillit dans l’obscurité de l’innocence
où le temps des tourments
des larmes versées dans le silence
des cœurs blessés par l’indifférence
et des solitudes forcées dans l’insouciance
fortifient ceux qui, envolés vers des horizons lointains
vivent dans la solitude et dans l’oubli, séparés des êtres aimés
d’où il ne reste que le souvenir d’un amour que le temps a chassé
Mais malgré la longueur des nuits interminables
et la lenteur des jours insoutenables,
les souvenirs du passé, présents dans un avenir rapproché
restent le chemin tracé pour soutenir, maintenir le feu
la flamme d’un amour resté incrusté
dans un triangle bien fermé
et où l’amour triomphe de la haine
la paix de la guerre
la justice de l’injustice
l’espoir du désespoir.
Le temps remettra les hommes, les animaux et les choses à l’ordre.
Yvette Bouiti Makosso
comédienne
Un homme c’est toujours un conteur d’histoire,
il vit, entouré de ses histoires et des histoires d’autrui,
il voit tout ce qui lui arrive à travers elles,
et il cherche à vivre sa vie comme s’il la racontait.
Mais il faut choisir : vivre ou raconter
SARTRE
Préface
« Le cri du triangle » c’est incontestablement une écriture de dévoilement de soi ; il n’est pourtant pas une autobiographie, mais une autofiction qui déplace les bornes de la discrétion et du privé : c’est donc une écriture audacieuse. La prégnance, la récurrence, et presque la redondance du chiffre 3 dans le texte devient un refrain, un leitmotiv inscrit dans le titre, et qui donne le ton à l’ensemble du texte, lui-même bâti sur trois piliers familiaux principaux – père, mère, fille – qui sont rendus égaux (comme les trois angles d’un triangle) par la force de l’amour. Le triangle du titre du recueil est donc la douloureuse trajectoire qui, dans un monde pourtant devenu un village planétaire, impose cependant une impossible rencontre entre les sommets du triangle. La tonalité des poèmes est mélancolique : les poèmes sont fondus dans une musique de complaintes et de lamentations. C’est d’ailleurs pour cette raison que le cri que pousse le triangle vise en même temps sa propre implosion et sa disparition immédiate, afin que se rencontrent finalement les trois membres de cette famille disséminée au Canada, au Congo et en Tunisie.
A l’écriture autofictionnelle du Cri du triangle se greffe imman-quablement le témoignage sur le réel, et particulièrement la mise en boîte de l’ordre social établi. Ainsi, la dictature postcoloniale est rendue responsable du morcellement et de l’éparpillement de la famille, et au-delà, du phénomène de l’exil. Les mécanismes des pouvoirs dicta-toriaux sont ici mis à nu, avec leurs répercussions sur la vie et la destinée de la jeunesse africaine, embrigadées, sacrifiées à l’autel de l’égocentrisme et de la cruauté de dirigeants mercenaires.
Au-delà d’une expérience personnelle ou familiale, Le cri du triangle s’inscrit en fait contre les clichés ô combien véhiculés à travers les médias et les discours occidentalistes, d’une Afrique pauvre, mendiante, nécessiteuse, sale, une Afrique de maladies, de calamités, etc. Et si l’Afrique est appauvrie (et non pauvre), c’est parce qu’elle est exploitée – et Makosso l’exprime avec tout l’humour dont il connaît le secret – avec la complicité de dirigeants mercenaires, par des multi-nationales occidentales.
« Le cri du triangle » c’est aussi l’expression du profond malaise de l’émigré africain «sans larmes ni armes» en Occident, victime presque au quotidien des stéréotypes raciaux de certains Blancs qui voudraient que le Noir soit ontologiquement voleur, violeur, assassin, etc. L’émigré africain vit un autre malaise au niveau culturel, aussi le texte soulève-t-il la question de l’identité culturelle africaine, qui pour Makosso ne signifie pourtant pas essentialisme ou enfermement dans sa culture ; l’identité culturelle est une démarche préliminaire suivie d’une ouverture à l’autre, à sa culture, à sa langue, dont l’un des résultats est la francophonie.
« Le cri du triangle » s’abreuve aux sources des traditions orales africaines. On peut le voir par exemple dans l’exploration des contes traditionnels, la place importante accordée aux scènes et structures dialogués qu’on retrouve même au cœur des poèmes. Pour parler justement de poésie, on se demandera certainement à quel genre littéraire appartient Le cri du triangle. C’est ici une question à laquelle il serait difficile de répondre, et ce serait là la faiblesse de ce texte de Makosso (certains y verraient une richesse). Le cri du triangle est un texte inclassable, à mi-chemin entre un recueil de poème, une pièce de théâtre et même un vaudeville. Au demeurant, Makosso nous livre un texte euphorique, terrain des émotions antithétiques, tristesse et joie, douleur et plaisir. C’est un texte-balbutiement, qui augure une riche carrière d’écrivain.
Luc Fotsing Fondjo
University of British Columbia
I. Le Poète
A YVETTE ET AMANDA
Que je n’ai pas vu depuis dix ans !
Que cette séparation nous fortifie et nous rapproche davantage ?
La famille
La transition
La décennie
La famille
Mon souvenir Maxi
C’est ton enfance
Ton innocence
Ton rire
Ton sourire
Tes fossettes tes yeux
La commissure de tes lèvres
Tes interminables questions
Mon souvenir c’est ce jour-là après le défilé de mode
Tu as chanté ta chanson fétiche
de Michael JACKSON
devant des milliers de personnes qui t’ont applaudie
Tu n’étais qu’une enfant
Et la Française Michelle
patronne de l’hôtel a voulu t’adopter
Mais comme nous sommes un triangle
Tu as pensé à ton père MAX
Tu as pensé à ta mère IVY
Tu as dis ‘non’
Et tu n’avais que sept ans MAXI
Tu es l’angle précieux du triangle.
Raconte-moi mon histoire
Clapotis d’eau et bruits d’oiseaux
Coucher de soleil et reflets dans l’eau
Ombres ensoleillées
C’est le soir tu dors
Attends attends
Tu ne m’as pas raconté mon histoire
J’écoute
Hé réveille-toi
Je t’appelle, je t’appelle : MAX
Raconte-la-moi cette histoire
Celle où notre fille se jetait sur ton cou
la nuit quand elle avait peur
Ou celle de notre premier baiser
Ou encore celle ou tu m’as dit pour la première fois
‘JE T’AIME’
Oui c’est celle-là que je veux entendre ce soir
Raconte-la-moi dans le même ton
Le ton de l’amour
Le ton de la passion
Le ton du désir
Le désir d’aimer
Le désir d’embrasser
Prends ton temps et trouve l’accent qu’il faut
L’accent de l’amoureux
L’accent de la première fois
Tu te souviens ?
La première fois ce soir-là quand tu l’as dit
C’était si beau
Je t’aime moi aussi
Bonne nuit
Langage d’enfance
Dehors une rose s’était épanouie
De la fenêtre on pouvait admirer sa couleur vive
Innocente tu es entrée dans la chambre en courant
Pendant que MAX et IVY s’embrassaient
Tu revenais de l’école fatiguée mais joyeuse
Tu as sauté sur le cou de MAX
Tu lui as donné des bisous en t’écriant :
‘Alors les gros amoureux’
Il y’a eu un silence, un ange est passé puis tu as ajouté :
Maxi : Papa papa
Il s’est tourné vers toi
Max : Oui mon chou je t’adore
Maxi : Oui moi aussi papa… Mais papa…
Et ton père a pris ton sac et a demandé
Max : Qu’est ce que vous avez fait à l’école
Et ta mère a dit :
Ivy : Et moi tu ne m’embrasses pas, ma puce
Et tu l’as embrassé en disant :
Maxi : Oh grosse jalouse, excuse-moi
Ivy : Grosse jalouse, moi ? Alors pour te montrer que je suis jalouse, je vais te croquer ton joli petit nez.
Et toi tu as crié :
Maxi : Oh maman maman, arrête s’il te plaît, papa au secours !
Elle te l’aurait croqué ce joli petit nez ta maman, si ton père n’avait pas intervenu.
Max : Maintenant montre-moi ce que vous avez fait en classe aujourd’hui
Et toute excitée tu as retiré les cahiers de ton sac pour les montrer à ton père. Puis tu t’es retournée vers ta mère.
Maxi : Maman je n’ai eu que des dix sur dix partout.
Et ta mère toute fière s’est exclamée
Ivy : Bravo ma chérie, tu es très intelligente
Maxi : Merci maman, je sais.
Max : Très bien ma petite !
Maxi : Merci papa. Et monsieur Sita a aussi écrit ‘très bien’ sur mon cahier, regarde !
Et nous t’avons alors pris en sandwich
Max et Ivy : Bravo !
De tes deux mains d’enfant, tu nous as repoussés, tu étouffais ; nous sentions l’odeur des adultes certes, mais aussi tu voulais nous dire autre chose.
Maxi : Papa maman ! Nous avons reçu une nouvelle fille dans notre classe. Maman cette fille-là a tout ; elle a tout papa. Elle n’était même pas en uniforme scolaire. Elle portait une belle robe rose, très belle papa. Et de jolies chaussures en verre comme celles de cendrillon ; tu sais les chaussures de cendrillon là non, papa. Et puis elle est jolie maman.
Et ta mère a passé ses mains sur tes cheveux.
Ivy : Toi aussi tu es jolie ma fille.
Maxi : Maman demain je porterai ma robe blanche-neige. Tu sais, celle que mémé Joannie m’a envoyée du Canada.
Ivy : Non ma fille, les élèves disciplinés et obéissants vont en uniforme scolaire à l’école.
Tu as regardé ton père comme pour le supplier :
Maxi : Papa s’il te plaît !
Max : Ta mère a raison
Maxi : Tout le monde l’appelait ‘Cendrillon’ papa, et elle était contente. Cendrillon est blanche, non maman, elle n’est pas noire ?
Ivy : Cendrillon représente toutes les filles du monde ma chérie. Elle est noire en Afrique et blanche en Europe.
Maxi : Et en Afrique du sud ?
Ivy : Elle est blanche et noire
Maxi : Ca c’est intéressant, en Amérique aussi alors ?
Ivy : Oui en Amérique aussi
Maxi : Au Congo aussi maman, il y a des familles blanches ici
Ivy : Oui tu as raison, alors elle est blanche et noire partout
Maxi : Oui partout, en chine, en Australie
Un silence a plané au-dessus de nos trois têtes. Les anges étaient en conversation
Maxi : Eh bien demain je mettrai mon uniforme scolaire.
Max : Quel âge a t-elle Cendrillon ?
Maxi : Elle a huit ans papa, comme moi. Elle s’appelle Rose.
Max : Rose ? Alors apporte-lui une rose…
Et tu as éclaté de rire ; ce rire franc et innocent ; ce rire que nous aimons bien ta maman et moi. Et nous avons ri ensemble puis tu as ajouté :
Max : Une rose, papa tu me fais rire, elle a tout…
Dehors le coucher du soleil se reflétait sur la rose épanouie. Tu es allée la cueillir pour nous l’offrir et il y a eu ces coups de feu…
Jusqu’à demain
Souris, demain viendra le bonheur
Le grand vent balaiera ton malheur
La grande pluie lavera la ville de sa souillure
Aujourd’hui oublie le présent
Prends ton enfant et fuis
Eloigne-toi du cracheur de feu
Fuis ces tanks et ces gros camions chargés de soldats
Va devant toi avant qu’on ne te crible de balles
Demain viendra le bonheur
Va avant que le deuil ne te frappe
Trouve ton enfant avant qu’on ne la viole
Elle doit être là quelque part parmi ces morts, ces décombres
Blessée peut-être mais vivante
Allongée vivante mais pas blessée
Repousse ces soldats fonce débats-toi
A coups de poings à coup de tête à coup de main à coup de pouce à coup de genou à coup de talon à coup de pieds à coup de coude
Fraie-toi un passage vers la liberté
Continue ta course, appelle ta fille : MAXI !
Attention ils tirent sur toi
Cours, demain viendra le bonheur
Le grand vent balaiera ton malheur
La grande pluie lavera la ville de sa souillure
Plus vite à gauche à droite, évite les balles
Qu’elles ne t’atteignent pas surtout ! Couche-toi, roule par terre
Il y va de la vie de ta fille. Appelle elle t’entendra
La voilà qui sort de sa cachette, elle court vers toi
Ecoute elle t’appelle : ‘papa’ et elle demande : ‘Où est maman’
Mais le son ne sort pas
Elle trébuche, attention elle trébuche
Tiens relève-la, relève-la ; embrasse-la embrasse-la donc
Cours cours cours elle est saine et sauve
Aujourd’hui oublie le présent
Demain viendra le bonheur
Le grand vent balaiera ton malheur
Et la grande pluie lavera la ville de sa souillure
Et l’avenir guérira tes blessures
Et ta fille reverra ton sourire
En attendant cours jusqu’à demain
Car demain tout sera fini
Et demain n’est pas bien loin
Ce soir je dormirai à tes côtés
Demain, tu partiras, je ne te verrai plus
Sois pas triste nous nous reverrons
Je ne suis pas triste
Tu vois tu pleures
Non
Mais si tu pleures
Non non
Maxi, Maxi, regarde-moi
Oui papa je te regarde
Dis-moi pourquoi tu pleures
Silence
Toi aussi tu pleures
Non
Si
Mais non
Mais si, une larme coule sur ta joue, Attends que je l’essuie pour toi papa
Sanglots mêlés et confondus
Tu ne vas pas nous oublier n’est ce pas
Silence
Raconte-moi une histoire
Il était une fois une famille à trois : une femme un homme et une fille
Ils étaient toujours ensemble
L’homme dit à la femme je t’aime ; la femme dit à l’homme je t’aime
Et l’homme dit à la fille je t’aime. Tu dors
Non papa et la fille dit à l’homme je t’aime plus
Oui et l’homme s’en alla loin
L’homme était l’époux de la femme ; la femme était l’épouse de l’homme
Je t’entends ronfler
Non papa, et la fille était l’enfant unique de l’époux et de l’épouse.
Oui la fille avait neuf ans. Elle avait des fossettes et de jolis petits yeux
Elle s’appelait MAXI, sa mère s’appelait IVY, son père s’appelait MAX
Elle attendit son père pendant longtemps, pendant dix ans.
Un jour il arriva, il embrassa Maxi et Ivy.
Il prit l’une par sa main gauche, l’autre par sa main droite
Il les emmena loin dans un pays où il n’y avait pas la guerre
Où les gens s’aimaient les uns les autres
Là-bas ils formèrent la famille MAXIVY
Et vécurent éternellement une vie de paix et de bonheur
Sans larmes ni armes
C’est une belle histoire papa
Oui, grave-là au fond de ton cœur
Garde l’espoir. Nous nous reverrons et serons à jamais unis.
Partir
Partir fuir s’en aller loin
Du cri
Du virus
Du feu
Loin
Partir fuir s’en aller loin
De la famine
De la maladie
De la guerre
Partir fuir s’en aller loin
Du crime
De la drogue
De la prostitution
Partir fuir s’en aller loin
De la vue du toucher
De l’ouïe du goût de l’odorat
Perdre ses sens partir fuir s’en aller loin
Des bourdonnements des frissons
Des démangeaisons des tremblements
Partir fuir s’en aller loin
Du présent du passé
Partir fuir s’en aller loin vers le futur
Loin
Du cri de la plainte de la douleur
De la souffrance de l’enfance de l’adolescence
S’ignorer s’éloigner s’enfuir s’oublier
Et partir bien loin
De la pollution
Adieu
L’errance
A la recherche d’une main ouverte,
je marche vers l’horizon où personne ne m’attend à part lui seul,
coincé entre ciel et mer, ciel et terre.
Je vole à son secours.
L’attente
Je contemple la vue extérieure d’un hôtel
L’hôtel de l’indépendance
Quel beau mot ‘Indépendance’ !
Une musique flotte dans les airs
On y joue l’air d’un amour fidèle
d’une famille réunie
J’y entre je monte les marches de l’escalier
Devant la porte 111 je pousse j’entre j’allume
Une chaise un lit m’attendent
Je choisis la chaise je m’assois
Mes bras sur mes genoux mon front sur mes bras
J’attends je m’étire je baille
Je me redresse je lève la tête je regarde vers la porte
Je pousse un soupir
J’attends que quelqu’un frappe à la porte
Quelqu’un qui ne soit pas n’importe qui
Mais toi que j’attends depuis longtemps
Depuis ce jour où la guerre nous sépara
Cette guerre des ‘Ninjas’ contre les ‘Kobras’
Dans quel camp de réfugiés te retrouves-tu
Et notre fille l’as-tu revue depuis ?
Moi j’ai eu plus de chance
Mais qu’est-ce la chance sans vous
Je suis ici au 111 et j’attends
Je ferme les yeux et je m’endors
dans l’espoir de te voir dans un rêve
Rêve que je fais chaque nuit en t’attendant
Le jour tu es absente
Mes jours sont envahis par les souvenirs
Souvenirs de cette fuite éperdue qui m’éloignait de toi
Et d’elle…
La nuit je rêve que je m’oublie dans tes bras
Comme c’est loin le temps où elle nous offrait des roses !
Somnanbule
Cette nuit je me suis réveillé
J’ai longé le couloir j’ai monté les marches de l’escalier
C’était comme au temps de nos tournées
Te souviens-tu
Tu étais logée au 294 avec Thérèse
et moi au 111
J’ai monté les marches
J’ai encore longé le couloir jusqu’à ta chambre
J’ai frappé à ta porte, tu n’as pas ouvert
Je me suis assis à même le tapis
Et j’ai veillé là devant ta porte
Espérant que tu allais m’ouvrir et me prendre dans tes bras
Je me suis assoupi et au petit matin nous nous sommes embrassés
Dans l’ascenseur qui nous ramenait au premier
je me suis réveillé, j’ai fais mon sac
j’ai porté mon jean bleu
j’ai enfilé mon T-shirt sous mon jean bleu
et ma veste sur mon t-shirt
Ta photo tu te souviens celle où tu me souffles
‘JE T’AIME’
et celle de MAXI où elle chante
‘Je suis heureuse parce que
je suis avec papa et maman’
étaient au chevet de mon lit
Je les ai pris et portés sur ma poitrine
J’ai entendu mon cœur battre plus vite et dire
‘JE VOUS AIME MES AMOURS’
J’ai placé les photos dans la poche intérieure de ma veste
Du coté de mon cœur
A la réception de l’hôtel j’ai déposé les clés
Et en face de l’hôtel j’ai levé mes yeux vers le deuxième
où tu devais dormir paisiblement
Loin des coups de feu
Sens unique
Il a plu cette nuit
Les nids de poule sont remplis d’eau boueuse
Seul je marche d’un sens
Tous marchent de l’autre avec un regard interrogateur
Il y a de la musique dans ma tête
Derrière moi j’entends des pas je me tourne
Deux femmes courent dans ma direction
Ou plutôt une mère et sa fille
Elles me dépassent
Elles ressemblent à MAXI et IVY
Devant moi un passant me bouscule je titube
-Marche au pas mon homme fait-il
Au pas quel pas
Celui des autres
Je regarde les autres
Ils ont peur ils fuient d’un sens
Que fuient-ils
Je n’ai pas peur je continue dans l’autre sens
Je vais devant moi, je vais à la poursuite des deux coureuses
Je passe devant un mendiant qui sourit
Je lui donne une pièce de monnaie, il me regarde, il rit
Il est content sûrement
Je croise un fumeur
De ses narines sort une fumée bleuâtre
Derrière lui un adolescent se met à tousser
Au coin de la rue dort un orphelin
Plus loin une femme devant une cuvette de pains crie :
‘Du pain du bon pain du pain chaud du pain frais’
Du pain chaud et frais
L’orphelin se réveille, s’étire, plie son drap
Il crache sur ses mains puis s’essuie le visage
Il demande quelques sous aux passants qui le repoussent
Il s’avance vers la vendeuse de pains
Telle une mère elle lui donne un bout de pain
Il s’éloigne en tenant son bout de pain comme un micro
Heureux il chante
ONE LOVE ONE HEART de BOB MARLEY
Et il danse
Une voiture passe et l’éclabousse
Un nid de poule se vide de son eau boueuse
L’eau boueuse détruit le micro du jeune chanteur
Et laisse l’orphelin affamé
Larmes et sueurs
Je ne peux retenir mes larmes
Elles quittent ma tête
Elles sortent de mes yeux
Elles se rencontrent avec la sueur de mon front
Sueur du travail pénible
Ensemble elles coulent et glissent sur mes joues
Ma bouche en avale quelques gorgées
Elles étanchent ma soif
Puis elles arrivent à mon menton et tombent sur mes pieds
Au même moment le ciel en larmes fait tomber ses gouttes
Gouttes d’eau, gouttes de pluie
Elles se mélangent aux gouttes de larmes
Et à celles de la sueur
Larmes et sueur
Elles courent vers la rivière
La rivière coule et s’éloigne de moi
Puissent-elles emporter mes larmes vers vous